Interview : Romain Hugault s’envole avec Saint-Ex avant de retrouver Angela

Romain Hugault a fait un point d’étape sur ses travaux avec ligneclaire.info à l’occasion de la sortie du tome 5 de Pin-up Wings (Paquet) sur lequel il est revenu qui paraîtra finalement le 10 juin. Il a aussi évoqué son projet Saint-Ex, un album illustré par ses dessins et sur un texte du grand spécialiste de l’histoire de l’aviation, Bernard Chabbert. Sortie prévue en octobre. Mais il n’a pas oublié non plus de parler d’Angel Wings (en pause) sur le scénario de Yann. Direction la Corée pour Angela avec un diptyque mais après Saint-Ex. Romain Hugault a répondu aux questions de Jean-Laurent TRUC.

Romain Hugault
Romain Hugault en plein vol dans son Piper L-4B. Romain Hugault ®

Romain Hugault, comment avez-vous choisi les sujets, les dessins qu’il y a dans ce tome 5 de Pin-up Wings ? Certains étaient déjà faits et vous les avez rassemblés ?

J’ai souvent une envie de dessin, ou on m’en commande. J’ai quelques dessins de pin-up qui sont donc faits. Au bout de deux ou trois ans, je peux en avoir une vingtaine donc je décide de faire un album, je mets un coup de collier et j’en fait une dizaine de plus pour finir. Par exemple, je signe l’affiche du meeting de La Ferté-Alais chaque année et je les mets dans le Pin-up Wings. Ce n’est pas du tout un plan marketing éditorial. Il faut aussi que je sois en avance sur mes autres projets pour décider de le faire.

Il y a une planche frappante dans ce tome 5, celle dans les Ardennes avec le Thunderbolt et la Pin-up en Mère Noël sur l’aile ?

C’était pour une marque de maquettes tchèque, Eduard, qui faisait une série limitée. Généralement pour une maquette, on voit l’avion en l’air, de ¾ face et là ils voulaient des artistes qui leur fassent quelque chose de différent dont Shigeo Koike, dessinateur japonais que j’admire et mon mentor. J’ai bien sûr accepté. Ils voulaient une boite avec une pin-up, c’était pour Noël et le nose art du P-47 était une Mère Noël. Cet avion existe vraiment. Il a été restauré après avoir été récupéré au fond d’un lac avec cette déco. Je l’ai vu aux USA. J’ai eu peur que les gens disent qu’il y avait la pin-up sur l’avion mais pas dans la boite avec les décalcomanies. Une maison d’accessoires l’a faite et on pouvait l’acheter.

Pin-up Wings 5
Romain Hugault ©

Il y a aussi des dessins avec des ambiances plus modernes, des Top Girls.

Les Top Girls, c’est autre chose. Je discutais avec une copine assez complexée par son corps qui avait eu des problèmes et avait dû subir une opération, une réduction de poitrine. Elle le regrettait et était malheureuse, avait des cicatrices. Elle m’a demandé un jour de la dessiner telle qu’elle était mais en mode pin-up. Je me suis dit pourquoi pas faire un dessin d’une vraie fille et sortir des modèles Photoshop ou des magazines. En fait, je me suis servi de Photoshop un peu en sens inverse, pour redessiner une fille telle qu’elle est, avec ses petits défauts. Et elle a été ravie. Les deux Top Girls sont deux filles qui existent vraiment.

Il y a aussi une couverture de Playboy, un Transall aux cocardes françaises.

La couverture, c’est quand Hugh Hefner est mort, le créateur de Playboy. Il a vraiment fait un journal qui a révolutionné le genre. Je trouvais que rendre hommage à Hefner était justifié. Il avait créé un magazine de société, certes avec des photos de femmes dénudées, mais aussi des articles de qualité. Il avait un jet privé, un Playboy Plane que j’ai dessiné avec une Bunny. Le Transall, c’est une demande pour les 50 ans d’Air Actualité de l’Armée de l’Air. J’ai dessiné un Transall de l’escadron de mon père. Quand il commandait cet escadron à Aix en Provence, il a été l’un des premiers à avoir en formation des femmes pilotes d’avions de transport. C’était amusant donc j’ai fait une femme officier pilote en combinaison de vol de l’Armée de l’Air avec le Transall qui la survole.

En fait derrière chacun de vos dessins il y a une histoire.

Oui, J’ai envie de raconter effectivement quelque chose, rapporter une anecdote.

Et pour l’hélicoptère russe avec une pin-up très James Bond ?

J’ai pris un modèle féminin russe. J’adore tout ce qui est leggin, met le corps en relief, le sublime comme le latex avec la lumière. C’est très contrasté, noir, blanc et les formes ressortent. Un pur plaisir à dessiner et c’est beau. On joue sur les formes, on sent la matière. Pour justifier cette fille en latex, un peu Catwoman, j’ai trouvé cette façon de la ramener au thème de l’aviation. Une espionne russe à la James Bond avec un hélico russe aussi, noir, se retrouve sur une antenne parabolique géante américaine. On imagine qu’elle va être exfiltrée après avoir volé un dossier secret US.

Autre sujet, un départ de course automobile sur le Grand Lac Salé.

Il y a un lien direct avec l’aviation pour cette image. Ce sont des courses mythiques des années 50 qui remontent aux années 40. Des pilotes et des mécanos sur les bases avancées du Pacifique prenaient des gros réservoirs largables de P-38 en goutte d’eau. Ils les ouvraient, mettaient un moteur, quatre roues et faisaient des belly tank racers pour se tirer la bourre. Après la guerre, ils se sont mis à faire des courses sur le Lac Salé. Il y a encore aujourd’hui la course de gentlemen dans le style. Ils ont tout reconstitué avec une pin-up qui lance le départ de la course avec le grand drapeau à damier.

On a aussi une jeune femme en uniforme sur une plage normande avec un Spitfire qui la survole.

C’était pour La Ferté-Alais en 2019, pour les 75 ans du Débarquement. Je me suis demandé s’il fallait que je refasse une affiche dans le style jeune Française en robe à fleurs, le Dakota qui survole la côte normande. J’ai préféré faire une WAC ou une infirmière équipée en uniforme US, ce qui est authentique. Il y a eu des correspondantes de guerre rattachées à l’armée US, des ambulancières. J’ai eu une réaction curieuse d’une personne me disant que j’avais pris l’uniforme d’un de ces hommes morts sur la plage pour en faire une pin-up. Non, il y avait vraiment des filles sous l’uniforme qui ont débarqué dans les vagues suivantes sur les plages et en uniforme pour ensuite accompagner les troupes US jusqu’à la fin de la guerre. (NDLR : A noter que les Rochambelles, les infirmières militaires françaises France Libre étaient aussi habillées par l’intendance US).

Vous avez souvent des réactions de ce genre dans votre public ?

Au contraire, 99% des réactions féminines sont positives me remerciant de dessiner des filles avec des formes.

Jean Mermoz
Le Laté 25 de Jean Mermoz sur la cordillère des Andes en 1929. Romain Hugault ©

On voit beaucoup de photos d’avions, sur votre compte Facebook, qui retracent l’épopée de l’Aéropostale ?

Oui, c’est mon projet de l’année. On a fait une pause avec Angel Wings. Je travaille depuis octobre sur un livre illustrée, pas une BD. Il aura un format similaires à mes autres albums et les textes seront de Bernard Chabbert, journaliste et grand spécialiste de l’aéronautique. On raconte la vie de Saint-Exupéry, sa vie de pilote, les raids, la Postale, la guerre en 40 et en 44. On rejoint les heures les plus glorieuses de l’aviation dont l’Aéropostale. Tout ça va être mis en images avec très peu de photos qui seront rassemblées à la fin de l’album. Les photos ont les connait toutes, et elles sont souvent en noir et blanc. Donc pour une fois, avec mes dessins, on verra ces avions en couleur, avec la lumière du Sahara ou du Maroc. Le père de Bernard Chabbert a connu tous ces pilotes célèbres. Il était pilote en 1929 à l’Aéropostale puis chef d’escale à Villa Cisneros. C’était ses copains. On a des anecdotes fantastiques. La sortie est prévue en octobre chez Paquet. Il y aura de la double page, des incrustations, tous les formats et même une quadruple page ouvrable. Le titre sera Saint-Ex.

Antoine de Saint-Exupéry
Saint-Ex pilotant le Simoun en 1937. Romain Hugault ©

Vous parliez d’une pose sur Angel Wings ? Et la Corée alors ?

Angel Wings
Romain Hugault ©

Le cycle seconde guerre mondiale et Pacifique est fini. Je veux un peu me poser après 15 ans de BD avec un album par an. Avec Saint-Ex, je n’ai pas de contraintes de temps, j’ai un beau format. J’ai fait le survol de Manhattan, la Cordillère des Andes, plein de choses que je ne peux pas faire en BD. Il y aura près de cent pages et plusieurs tirages spéciaux. Avec Angel Wings, on en est resté effectivement à l’option Corée avec un diptyque, les tomes 7 et 8. La Corée me plait bien. Le synopsis a été écrit par Yann et j’ai la moitié du premier album. Mais je n’ai rien commencé. Je me concentre sur Saint-Ex.

Vous m’aviez aussi parlé d’une aventure aérienne pendant la guerre d’Indochine ?

Oui, c’est dans les cartons et je le ferai un jour. C’est une envie comme celle de faire Le Grand Cirque de Clostermann dans la lignée du Saint-Ex. Mais tout ça ce ne sont que des idées. Donc pour l’heure, il y a le Pin-up Wings 5, le Saint-Ex et un Angel Wings en 2021 pour Noël. Je fais exactement ce qui me plait, ce que je veux. J’aimerais avoir plus de temps. Mais je me donne à fond dans chaque projet. Ce sont des respirations à chaque fois. Pour Saint-Ex, ce sont des avions que je n’ai jamais dessinés. Ce qui m’a toujours réussi a été de ne faire que ce dont j’avais vraiment envie, sans arrière-pensée marketing. On a fait par exemple la Première Guerre Mondiale avec Le Pilote à l’Edelweiss, et on ne s’est aperçu qu’au tome 2 qu’il y avait le centenaire de la Grande Guerre. Et puis, quand je m’éclate, cela se voit dans mon dessin.