Interview : Romain Hugault « au revoir Angela, bonjour la Navy dans les années 80 »

Romain Hugault après La Tête dans les nuages, recueil qui marque ses 40 ans de dessins d’aviation (il a commencé petit et oui), va sortir en mai prochain le dernier tome d’Angel Wings, le huitième. Finie la Corée et Angela au moins provisoirement à la retraite mais on ne sait jamais. Romain a évoqué amicalement avec Ligne Claire dans son atelier parisien son futur projet qui sera une sorte de rupture, mais pas avec le monde des avions. Et pour cause mais avec une nouvelle scénariste. Confidences, détails, dessins en direct, un plaisir de le retrouver en forme. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.

Romain Hugault
Romain Hugault dans son atelier. JLT ®

Romain Hugault, on va commencer par l’actualité, la sortie de La Tête dans les nuages, un art-book qui revient sur vingt-cinq ans de carrière. Déjà.

Qui marche très fort d’ailleurs. C’est mon éditeur Paquet qui en a eu l’idée. Comme le dernier Angel Wings ne sort qu’en mai, il a pensé que c’était bien qu’on fasse un bouquin sur mes années Paquet, une sorte de repère. J’étais assez mal à l’aise à 43 ans de faire « ma vie, mon œuvre ». J’y ai réfléchi et je me suis dit que cela pourrait être sympa avec mon ami Eloi Rousseau de faire un livre marrant à lire. Paquet voulait faire un livre sur ma façon de travailler et en fait chez mes parents j’ai demandé à ma mère si elle n’avait pas des dessins de moi plus jeune. Elle avait tout gardé, trois cartons de dessins de trois à 25 ans, des croquis. Donc j’ai eu l’idée de faire un retour sur 40 ans de dessin alors que j’en ai 43. Comment un gamin passionné arrive au final de faire du dessin son métier. Et en tordant le cou à l’idée reçue, quel don, quel talent. A 3 ans mes dessins sont comme ceux des enfants du même âge. J’ai travaillé beaucoup et je faisais déjà des histoires à la Buck Danny. Je ne lâchais rien.

Comment tes parents ont ressenti cette passion à l’époque ?

Je n’étais pas très brillant. Un gamin normal assez introverti. Moi j’étais fan du Fana de l’aviation, des monographies d’avions. Je me suis créé mon petit monde.

Comment tu as fait tes choix pour La Tête dans les nuages ?

On a travaillé à six mains dont celles de Guillaume le graphiste, Eloi les textes drôles et moi qui choisissait les dessins. On aurait pu faire 600 pages et on a beaucoup trié. Il y a un bel échantillonnage de mon travail, un album qui est aussi facile à lire. La passion ne m’a jamais abandonné.

Ta première BD a été le Dernier envol.

Première BD éditée et on montre dans ce recueil l’échec des tests que j’avais fait pour Dargaud avec Tanguy et Laverdure. Je débarquais et personne ne me connaissait, savait si je pouvais tenir un délai. Donc sans suite. Le Dernier envol a été une chance car novateur. Pour une fois c’était une BD d’aviation atypique, pas que les gentils et les méchants. C’était le destin de quatre pilotes, des gamins qui ont la même envie de vivre obligés de se battre. J’ai eu la chance que cet album ait du succès, prix Jeune auteur, et j’ai attaqué direct, commencé ma carrière avec Yann. Le Grand Duc, Edelweiss et Angel Wings. La Tête dans les nuages c’est un point de navigation. Je ne pensais pas franchement que cela allait intéresser les lecteurs. Vivre de la BD c’est pas évident mais voilà on peut y arriver. J’ai eu beaucoup de chance et ne me suis pas arrêté aux échecs.

Breguet 14
Un Breguet 14 au dessus des Andes. JLT ®

Tu as relancé la BD d’aviation.

Peut-être pas mais Yann me disait qu’avant on lui refusait ses scénarios sur le thème comme Mezek par exemple qu’il fera ensuite avec Juillard. Tout a changé rapidement.

On va passer à Angel Wings, le tome 8, suite et fin ? Le 7 déjà recentrait le débat.

Fini effectivement. Avec l’annonce dans le 7 de l’arrivée de Marilyn sur le font de Corée. Chaque tome peut se lire seul. Pour la Corée on a fait un diptyque. Triptyque pour Pacifique et Birmanie. La Corée on aurait pu faire beaucoup plus mais il est temps de passer à autre chose. Petite digression, on ne va pas la tuer Angela. On la garde sous le coude avec Yann. On adore ce personnage et on verra plus tard. Il y a le Vietnam pas loin. En 1940 elle avait 20 ans, là 30, donc à voir. Il y a des possibilités. J’en suis à la page 25 du 8. Cela n’a pas été très simple ces derniers temps pour moi mais j’avance. Là Marilyn est un peu le personnage central avec sa tournée en Corée où pour la première fois elle va chanter en public. Il y a des hélicos, des chars, elle est en rangers. Angela passe un peu au second plan et elle suit Marilyn. J’ai essayé d’être très près de la vérité historique en me basant sur les photos prises en Corée. Avec une intrigue bien sûr. Mais on est en 1954, l’armistice a été signée dont il a fallu trouver des astuces, des flashbacks.

Mig Madness
Convoyage dans le ciel de Corée. Romain Hugault ®

Tu travailles toujours de la même façon ?

Crayonnés sur papier A3 qui ressemblent à des encrages. Je dessine tout avec un seul calque couleur après. J’aime bien le crayon. Je pousse le crayonné. J’ai les mêmes méthodes de travail depuis longtemps et ça me plait bien.

On passe à autre chose donc après Angela. L’Indochine ?

Non pas pour l’instant. Je vais changer totalement d’univers. J’en parle un peu dans La Tête dans les nuages. Je vais vers les années 80-90, Navy US et des femmes pilotes mais pas seulement. Avec un avion très connu, mythique, à ailes à géométrie variable. Tu vois ? (Rires). Ce sera une histoire vraie, tragique avec une nouvelle scénariste qui ne vient pas de la BD mais des séries TV, passionnée d’aviation. On va voir ce que cela donne. C’est signé toujours chez Paquet. Ce sera un gros one-shot plus de 50 pages.

Anything goes
Marilyn à la Une du prochain Angel Wings. Romain Hugault ®

C’est une rupture.

Oui, une grosse rupture après 15 ans avec Yann. J’aime tous les avions donc ce qui m’intéresse c’est l’aventure. Il y a beaucoup de doc mais il ne faut ne pas se tromper dans un rivet du zinc. Sinon les fans sont furieux. Sortie vers Noël 2025. En parallèle il y aura un Pin-up Wings déjà avancé. Les dessins peuvent venir de mes calendriers, de commandes. Après Saint-Ex, on avait un projet sur Air France avec Bernard Chabbert qui nous a malheureusement quitté. J’avais fait trois dessins. On en fera peut-être des tirages, Constellation et autres. Bernard était en pleine forme et il est mort brusquement. C’est une grande perte personnelle. Le projet Indochine est dans les cartons comme un autre sur les trophées Schneider. J’ai de quoi faire mais un projet à la fois.

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