Far South, le polar de l’été 2020

Dans la collection Grindhouse Stories ont avait eu un gros faible pour Amazing Grace. Et on va récidiver avec Far South de Rodolfo Santullo et Leandro Fernández qui nous ramènent vers une Amérique du Sud sans pitié pour les faibles, aux mains de truands petites mains mais gros bras prêts à tous. Une cohorte de minables qui ont tous en mémoire les exploits sanglants d’un certain Carpincho Lopez, Robin des Bois façon légende urbaine. Et tout se passe le plus souvent dans le bar de Montoya. On se rapproche, avec Far South, d’Evaristo par Carlos Sampayo et Francisco Solano López ou de La Grande Arnaque par Carlos Trillo et Domingo Mandrafina, de Torpedo d’Abuli et Bernet. En mot de très bons polars car le dessin et la narration de Far South font le poids, accrochent, explosent dans des pages où la violence est d’une banalité collée pour toujours aux personnages et à leur vie pourrie. Une succession d’histoires courtes avec un fil rouge qui n’est autre que le bar de Montoya.

Far South Faut pas l’agacer Montoya, patron de bar taciturne. Il a tué Nico, un minable qui allait étrangler une pauvre fille. Quand son frère débarque, il sait qu’il veut sa vengeance sauf qu’il va y avoir contre-temps et Montoya est à sa façon un type honnête. Taciturne le Montoya mais il écoute ses clients. Sa grappa a une histoire et pas jolie. Celui qui a fourni le raisin a fini noyé dans le pressoir. Les syndicalistes du coin, des redoutables, avaient bloqué la cargaison de grappa. Sauf celle arrivée chez Montoya. Et ce Carpincho Lopez, héros invincible, un gamin l’aurait vu et raconte sa vie chez Montoya. Celle aussi d’un dur, Abadi le toubib, qui relève les compteurs et a eu la malchance de le rencontrer. Alors légende ou réalité le croquemitaine ?

Des sketches qui s’imbriquent, se relancent, font se croiser destins et héros malgré eux, des minables , des ambitieux, un mini Chicago à la sauce gauchos recyclés. Chaude ambiance et coups tordus en série, la mort est une copine quand, en plus, les femmes s’en mêlent. Un album percutant, c’est le cas de la dire, le polar de l’été 2020. Le dessin est un bonheur en noir. Jubilatoire.

Far South, Règlements de compte chez les gauchos, Grindhouse Stories, Glénat, 17 €