Si je reviens un jour, pour ne pas oublier Louise

Tout n’a pas encore été dit, des témoignages peuvent encore être involontairement dissimulés. L’Holocauste, le rôle volontaire et ignoble de l’État Français, de la police pendant l’Occupation contre les Juifs français ou pas, demeure un sujet qu’il faut continuer, sans relâche à mettre en avant. Louise Pikovsky de 1941 à 1944 va écrire des lettres, garder des photos. Juive, elle sera arrêtée avec sa famille, enfermée à Drancy, déportée, gazée avec les siens à Auschwitz. Son triste destin rappelle celui d’une autre petite fille, Anne Frank. Comme elle, Louise a laissé en héritage sa vie d’enfant sur des lettres qui ne seront retrouvées qu’en 2010 dans une armoire oubliée d’un lycée parisien. Stéphanie Trouillard, scénariste et journaliste, en partenariat avec le Mémorial de la Shoah et France 24 pour laquelle elle avait réalisé un documentaire sur le sujet, a fait revivre ces lettres, ces photos dans un album d’une rare intensité émotionnelle accompagnées par le dessin de Thibaut Lambert auteur de l’excellent Amour n’a pas d’âge.

Si je reviens un jour

Dans les années 80, Mlle Malingrey, ancienne professeur se souvient de Louise, élève brillante pendant la guerre dont elle a gardé le cartable, les lettres que Louise lui envoyait. Elle a été son élève jusqu’en 1943. Le père de Louise a été interné à Drancy. Avec sa mère elle lui fait passer des colis par l’Union Générale des Israélites de France. Ce qui va être le meilleur moyen de recensement d’une population qui ne pourra plus ensuite se cacher, prise au piège. Enfin libéré, il retrouve provisoirement les siens. En 1942, on s’étonne quand même de ces familles entières qui disparaissent. Mlle Malingrey a Louise dans sa classe. Louise, brillante, aide ses camarades. Louise porte l’étoile jaune. Son père lui raconte sa propre enfance dans une Russie antisémite, son départ pour la France en 1905. Il est persuadé que rester en famille, ensemble ne peut que les protéger. Seul le jeune frère voudrait partir, fuir Paris mais que pourrait-il arriver à des Français innocents ?

Ce sont les lettres de Louise qui servent de support à l’album qui en montre ensuite les originaux dans un dossier pédagogique, accompagné de photos. On comprend une fois de plus que la grande majorité des Juifs français n’y ont pas cru et finalement se sont laissés déporter sans vraie résistance, sans tenter de fuir. Camps de travail mais pas de concentration encore moins d’extermination, c’est simple, aujourd’hui qu’on sait, de s’étonner. Louise est une petite jeune fille joyeuse, drôle qui écrit avec un talent fou. Avant Drancy en 1944, elle va laisser son cartable à Mlle Malingrey qui lui avait proposé de la cacher et qui tentera de la retrouver. Le cartable avec les lettres finit dans une armoire du lycée auquel l’a confié Mlle Malingrey. Ces lettres, Louise voulait les retrouver comme elle l’écrit  » si je reviens un jour ». Un petit espoir brillait encore en elle. Il n’aura pas de suite. Bouleversant le sourire de Louise sur sa photo de classe, la maturité de ses textes, sa finesse d’esprit, sa douceur d’enfant qui intuitivement sait qu’elle est en danger. Une histoire vraie, un témoignage incomparable d’une force terrifiante qui fait monter les larmes aux yeux. Louise mérite qu’on se souvienne d’elle, des ses 16 ans et qu’on lise ses lettres. Plus de 11 400 enfants ont été déportés de France et exterminés parce que Juifs avec l’aide, la complicité volontaire du régime de Vichy et de la plupart des rouages de l’état.

Si je reviens un jour, Les lettres retrouvées de Louise Pikovsky, Des Ronds dans l’O, 20 €