Les Anges d’Auschwitz, le cri silencieux de Desberg

On a pour Stephen Desberg non seulement le respect dû à un très bon auteur qui sait vous embarquer dans des aventures toujours surprenantes mais aussi de l’amitié pour un homme subtil, fin lettré et attentif aux autres. Avec Les Anges d’Auschwitz, Desberg aurait pu faire fausse route. On ne touche pas facilement, ni impunément à la Shoah, à la déportation surtout pour en faire le cadre d’un épisode romanesque et romantique sur un lit de morts, de massacres, de terreurs. Il signe pourtant un récit extraordinaire, de résistance, d’espoir, face à ce que l’homme a de pire en lui, le mépris, la haine, le déni de l’humain, l’humiliation par la torture physique et morale. Desberg sur un dessin très impliqué de Emilio Van Der Zuiden crie sa souffrance, son témoignage sur ce silence d’Auschwitz comme il le dit. Son héros croit aux anges et les a amenés avec lui dans l’enfer concentrationnaire. Un voyage sans retour mais au bout de la foi dont on ne peut qu’être un témoin muet et passeur de mémoire.

Les Anges d'Auschwitz

Les anges existent et il les a connu enfant. Ils lui ont ramené son père. Mais maintenant la Pologne est sous la botte nazie qui a décidé d’éliminer tous les juifs. Et il est juif ce jeune homme amoureux d’Hannah. Les SS les arrêtent, tuent le père, les déportent à Auschwitz. Il y arrive avec ses anges dont il parle autour de lui. On le frappe, on tue, on gaze et on brûle. Karsten est un officier SS, un tueur qui a un fils, Hansel. Les déportés sont ses jouets qu’il casse, broie comme il le veut. Mais la réputation du jeune homme qui croit aux anges lui arrive. Dans le camp on parle de lui et il fait naître un espoir intolérable pour le SS. Si les anges sont à Auschwitz c’est qu’on n’a pas oublié les damnés qui y meurent. Les anges les accompagnent et le SS Karsten est impuissant.

Les Anges d'Auschwitz

 

La frustration du bourreau, les anges dans le camp peuvent voir ce qu’il fait, la vérité éclatera. Le SS doit savoir qui sont les anges, témoins à éliminer. Desberg tire le fil et pose les questions qui aujourd’hui encore, heureusement doivent trouver leurs réponses. Culpabilité, souvenir, vérité, justice, ne pas oublier, Desberg apporte à son récit la force de la métaphore et une fin lucide. Les anges gardiens étaient bien à Auschwitz accompagnant la souffrance de millions d’innocents. On est pris au cœur par ce récit, ému, comme on l’est quand on passe, Desberg le dit, la porte d’un de ces camps encore debout. A dix ans, au début des années soixante, pour une visite, je franchissais la porte du camp du Struthof en Alsace, le seul en territoire français, enfin allemand annexé en 1940. Chambre à gaz, fours, gibet, baraques, valises et cheveux humains, barbelés et le gris d’un ciel abominablement triste où on ne voyait pas d’anges. Je n’ai pas dormi pendant plusieurs nuits, marqué à jamais par l’idée que jamais on ne devrait oublier, que la culpabilité de l’Allemagne serait éternelle. Et que l’Histoire pouvait se répéter. Avec Desberg, croyons aux anges qui nous protégeront, on le souhaite du mal absolu. Un album à partager avec le plus grand nombre.

Les Anges d’Auschwitz, Paquet, 17 €

Les Anges d'Auschwitz