Wolinski, le bonheur est un (sacré) métier

Le titre se suffit à lui-même. Georges Wolinski se raconte tout au long de ce gros recueil de plus de trois cents pages. Le Bonheur est un métier est une autobiographie qu’a scénarisée et dirigée Virginie Vernay. La postface, d’une émouvante tendresse, est signé par Elsa Wolinski. Autant dire que lire ces pages, regarder ces dessins en sachant comment est mort avec ses amis de Charlie cet amoureux de la vie, cet inconditionnel de l’humour, pudique mine de rien, est parfois difficile sans se laisser aller à une colère sans nom.

Le Bonheur est un métierVirginie Vernay a pris la vie de Wolinski à bout de bras. Enfant à Tunis pendant la guerre, son père sera assassiné par un de ses employés. Georges sera élevé par ses grands-parents sous le soleil de la Méditerranée. Il va découvrir les comics Us avec les GI’s qui sont arrivés pour virer les Allemands. Comme il n’en fiche pas une rame au lycée de Tunis on le vire et direction le froid de Besançon. Il dessine envers et contre tout. Et aime les femmes comme il le montre dans ces dessins où le jeune Georges revient sur sa jeunesse flanqué de celui qu’il deviendra plus tard. Comme il le dit le métier d’humoriste est dangereux, trop de recul, de lucidité et des questions sans réponses. En fait il voulait avoir un vrai métier mais il était paresseux. Il va aux Beaux-Arts, fait la guerre d’Algérie dans le désert saharien. Son dessin se forme et il travaille à Rustica dont il se fait virer, comme de France Soir avant de frapper à la porte de Hara-Kiri. Cavanna et Choron, c’est parti Wolinski. Il perd sa femme et décide qu’il n’ira pas à son propre enterrement. Son style change et il obtient le prix de l’humour en 1967. Il ne pense qu’à ça, les femmes, et le dessine avec fougue. La politique arrive sous son crayon et il y va dans la gaité et la bonne humeur. la suite ce sera le JDD, les album, Reiser, les années soixante-dix, la vie à l’état pur.

Le bonheur et le malheur c’est pareil. Il le dit dans un dessin Wolinski. Être drôle n’est pas toujours facile. Les grands comiques ne le sont généralement pas. Wolinski était unique, pince sans rire, imprégné dès sa jeunesse d’un humour parfois sombre mais généreux, lucide, accrocheur et tourmenté qui marquera toute sa carrière de trublion génial. Il avait du charme, de la générosité, du désespoir aussi. Un honnête homme au sens le plus entier du terme, avec ses faiblesses et ses courages, son talent. Un bouquin à dévorer, sans tristesse, en souriant, page après page.

Wolinski, le bonheur est un métier, Glénat, 29,50 €

Georges Wolinski
Wolinski quand il a présidé le festival d’Angoulême. JLT ®