Quand arrive un album de Clérisse et Smolderen on est certain que le duo a signé une oeuvre à part et d’exception. Si on les suit à la trace depuis Souvenirs de l’empire de l’atome, L’Eté Diabolik, le non moins diabolique Une année sans Cthulhu, ou encore Disparitions au Jazz Club signé par le seul Clérisse, il est évident qu’ils ont une volonté affirmée de surfer sur des modèles de comédies dramatiques US des années 40 à 50 plus polars à la Hickok réunis. Wilder, Lubitsch, Hawks, Capra, on est dans le vif du sujet une fois encore avec Moonlight Express où la blonde héroïne a un peu de Grace Kelly, les héros des looks de stars de l’époque à ceci près qu’il n’y avait pas d’afro-américains si ce n’est Sidney Poitier mais un peu plus tard. De Berlin en 1947 où on continue à déterrer des cadavres dans les ruines à Disneyland Los Angeles en 1959, Alexandre Clérisse dont le trait si unique est travaillé sur ordinateur. Smolderen adore les histoires à tiroir bien montées et brouiller les pistes. Tout en dressant des portraits saisissants de personnages plein de vie et de mystère.
1946, Berlin, Clarisse d’Arcier est la fille du boss de Jay-Jay Johnson, un afro-américain qui a une liaison avec elle. Norman Bold (lire Jazz Club pour en savoir plus sur lui) est l’ami de Johnson, tous les deux encore sous l’uniforme. Berlin en ruines, Bold sert de chauffeur à Clérisse. Il est sur une grosse affaire d’objets d’art volés. Ils rejoignent Jay-Jay qui n’est plus vraiment très amoureux de la jeune femme. Jay-Jay et Bold sont amis d’enfance. Pour passer le temps Bold joue un air d’harmonica avec des GI’s de garde, le Clair de lune de Debussy. Quand arrive un jeune homme qui cherche de la drogue mais se saisit de l’harmonica et joue de façon magistrale du Bach. Un miracle pour Clarisse. Le musicien vole l’instrument et s’en va dans les ruines. On le surnomme V. Clarisse demande à Norman de la ramener chez elle. Ils partagent une bouteille de bourbon. Le lendemain Norman va chez le Père Draganovic, retrouve Jay-Jay pour monter une opération de récupération d’oeuvres d’art volées par les nazis mais qui se trouvent en zone soviétique de Berlin. Draganovic sait exactement où elles se trouvent et assure que le traffic est organisé par les werwölfe, des bandes de gamins orphelins qui hantent la ville. Cynique et prêt à tout Draganovic mène la danse.
Et sera l’un des fils rouges de ce thriller calibré au millimètre. On va suivre tout ce petit monde, V. compris de Berlin aux USA. Avec des rebondissements bien placés, surprenants, dramatiques, Clarisse en grand danger, le cercle familial va s’agrandir. Smolderen et Clérisse forment une fois encore un duo indissociable. On voit bien comme il nous l’avait dit que pour Clérisse le texte est une source totale d’inspiration graphique avec des échappées parfois qui coupent volontairement la narration par cases. En 1959, douze ans après Clarisse a vraiment de Grace Kelly. Gangsters et suspense, pas un instant on ne lâche les pages illuminées aussi par une grande maîtrise de la couleur de Clérisse. Un bouquin qui fait plus que sortir du lot, un bel ouvrage.
Moonlight Express, 160 pages, Seuil, 25 €
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