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Edmond, quand Cyrano rencontre Michalik et Chemineau

Qui dit Edmond (Rostand), dit Cyrano. C’est ainsi. Cyrano de Bergerac, celui du nez. Mais Edmond, c’est une pièce contemporaine basée sur, justement, le travail accompli par Rostand pour accoucher de Cyrano. Elle est signée par Alexis Michalik. Il a raflé pour Edmond, succès de la scène, une moisson de Molière en 2017. Il ne restait plus à Léonard Chemineau (Le Travailleur de la nuit) qu’a adapté Edmond en BD. C’est fait, c’est gai, c’est drôle et bien écrit évidemment. Le dessin est joyeux, respire la joie de vivre, cligne vers le ton imagé du vaudeville, vif et enlevé. Alors que les trois coups soient frappés. Edmond (Rostand) a bien failli ne jamais être célèbre.

Décembre 1995, La Princesse lointaine jouée par Sarah Bernhardt est un four. Edmond l’a écrite cette pièce en vers éreintée par les critiques. Pauvre Edmond, à qui les frères Lumière font avoir des sueurs froides. Dans dix ans plus de théâtre, que des salles de projections animées. Il faut qu’il s’en sorte, Edmond. Il a charge d’âme, femme et enfants. Sa chance, c’est que le grand Coquelin, acteur de renom, a aimé sa Princesse. Sarah a réservé à Edmond une entrevue avec lui. Mais il n’a rien écrit Edmond et avec Honoré, honorable garçon de bistrot noir à la verve endiablé, il trace les premiers traits d’une tirade à l’avenir mythique. Leur héros, un poète qui a de la dérision. Au Théâtre de la Porte Saint-Martin, Coquelin est entouré de ses producteurs. Edmond lui présente Cyrano, son bretteur, laid, à grand nez à la tirade emportée. Coquelin est ferme : Cyrano, trois actes, fin heureuse. Un défi que le pauvre Edmond avoue à son ami Léo, acteur bellâtre, fort proche d’une jolie habilleuse fine mouche, Jeanne. Courteline et Feydeau se jouent d’Edmond qui se fait refiler pour sa pièce le fils de Coquelin, gentil niais, à qui il va falloir écrire un rôle. Léo veut séduire Jeanne et Edmond lui souffle ses répliques.

Le découpage, la mise en scène explose sous les pinceaux de Léonard Chemineau. Tour de force car, on le rappelle, c’est une pièce de théâtre qu’il adapte. Certes, le texte est une merveille. Mais Chemineau, alchimiste des bulles, a su magnifier le tout. Avec Edmond, on relit Cyrano, on en découvre les subtilités, les pourquoi et le comment. Edmond a une maîtresse, l’inspiration. On sourit au casting de Cyrano, au talent de Coquelin qui veut son duel. Edmond improvise, en rajoute et pond son chef d’œuvre, envoie Cyrano au siège d’Arras et lui offre un duel. Un duel pendant lequel un certain Jean Marais Cyrano, sur la scène du théâtre de Montpellier avait malencontreusement laissé tomber son épée. Pour Lagardère et le Capitaine Fracasse réunis, cela faisait désordre. Cet Edmond se lit à haute voix, se déclame, s’articule, se joue. Cyrano, qui fut tout et qui ne fut rien, méritait bien ce superbe album.

Edmond, Rue de Sèvres, 18 €

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