C’est une épopée à la fois tragique et illusoire que celle des anarchistes espagnols. Llibertat raconte en détails avec une force peu commune le combat et l’abnégation jusqu’à la mort de ces défenseurs d’une utopie politique qui sera écrasée entre autres avec l’aide des communistes, alliés d’hier mais auxquels ils faisaient trop d’ombre et sur ordre de Moscou. On se souvient peu des longues années pendant lesquelles l’anarchisme s’est battu mais s’est retrouvé esseulé face au Franquisme tout puissant et intraitable. Hervé Kerros, Yannick Orveillon, Robin Millet sont les auteurs pointilleux de cet épisode historique qui va durer jusqu’aux années soixante avec des connotations françaises évidentes comme plus tard l’ETA. Un hommage à des femmes, des hommes qui auront tout sacrifié à un idéal qu’ils croyaient juste et social.

Dès l’enfance Quico Sabaté, El Quico a un sens inné de la justice sociale. Avec lui son frère Pep. L’anarchisme va les séduire. Mais bien plus tard dans le train où blessé il essaye de s’échapper, Quico se souvient des grands moments de sa vie. Enfant il joue au révolutionnaire. La CNT (Confédération National du travail) est puissante. Le dictateur militaire Primo de Rivera accède au pouvoir. On casse les grèves. 1930 à Barcelone la CNT s’arme et braque les banques pour essayer de nourrir la révolution. De Rivera meurt, l’Espagne devient une République pas pour longtemps. C’est déjà la scission entre la Gauche et les Anarchistes. Juillet 1936 la guerre d’Espagne éclate. Franco est soutenu par l’Allemagne d’Hitler et l’Italie de Mussolini. Quatre ans de tueries qu’ignore la France qui à son tout sera envahie, capitule. Des soldats espagnols sont à la pointe de la Libération de Paris. Mais la paix ramènent les anarchistes chez eux où une police politique franquiste est formée. Assassinats, exécutions par le pouvoir, le fascisme espagnol tient le pays sous sa coupe. Quico continue à se battre. Les forces libertaires de l’intérieur sont bien organisées et le pouvoir les craint. Il faut les détruire.

Barcelone va devenir le théâtre d’une intense guérilla urbaine animée par les groupes d’action anarchistes que le sinistre commissaire Quintela de la Police Politique veurt éradiquer légalement ou pas. Il tue, fait disparaître avec l’aide de la Guardi Civil. Jusqu’au dernier, les frères Sabaté iront au bout de leur chemin de croix. Une vraie émotion se dégage de Llibertat. Honnêtes, francs et courageux, ils vont tout faire pour vaincre et ne rendront jamais les armes, finiront abattus. Un reportage BD en fait cet album de sang et de larmes pour une liberté qui ne veut pas se donner.
Llibertat, 213 pages, Marabulles, 26,99 €

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