Les Grandes Personnes, un naufrage rédempteur

Un titre qui a sa part d’humour car dans le langage courant les Grandes Personnes ce sont les adultes opposées aux enfants qui leur doivent respect. On n’est pas loin de cette vision dans cet album singulier de Tehem à qui l’on doit Vingt-décembre avec Appollo. Singulier aussi par sa narration surprenante, subtile et qui peut amener à se poser des questions nécessaires sur où on en est exactement. Chaque personnage se raconte devenant acteur puis témoin des autres ce qui oblige à raccorder parfois les wagons. Cela dit Les Grandes Personnes ont le charme et l’efficacité des œuvres qui sortent des sentiers battus. Un naufrage qui va de Robinson Crusoé  à surtout aux Voyages de Gulliver que ce soit sur le fond, la forme et la ligne philosophique.

Un navire chargé d’esclaves qui fait naufrage, la Belle Héloïse. Un survivant imbu de lui-même, prétentieux, méprisant, autoritaire, Emilien et Prudence une brave femme douée en plantes médicinales. Si le vaisseau s’est échoué c’est la faute d’Emilien qui a forcé le capitaine à appareiller. Tempête, chaloupe où se glisse Emilien seul survivant avec Prudence qu’il y découvre elle-aussi cachée. Un esclave n’a pas le droit de sauver sa vie ainsi mais à y être le duo fouille la jungle bourrée d’insectes venimeux, de fruits et d’animaux bizarres. Emilien attache Prudence de peur qu’elle s’enfuit. Ce qu’elle fait. Emilien dans une rivière est capturé par une géante qui lui met une laisse et le ramène au village. Commence alors pour lui une vie d’esclave comme celle qu’il avait imposé aux siens. Evasion manquée, travaux épuisants car un lilliputien par rapport aux grandes personnes, on l’enferme dans une jarre pour la nuit. Un inconnu lui a lancé des bouts de bois attachés. Mais hormis les géantes il y a aussi des anthropophages et de drôles de plantes blanches style champignons pas très comestibles mais peut-être pratiques. Prudence est la plus douée, va soigner les géantes et sauver une de leurs filles.

La clé du récit c’est bien sûr Prudence, sa bonté, son désintéressement et sa finesse d’esprit. Etienne va devoir faire se armes, en baver tout en restant longtemps un imbécile vaniteux. Le récit est parfaitement mené par Tehem et on finit par suivre ses personnages dont chaque chapitre porte un de leurs noms. Flash-back bien sûr mais qui apporte leur propres détails à l’histoire. Jélé la petite fille saura trouver la faille vitale. On parlait de ligne philosophique, on est dans un conte qui dévoile les autres à travers soi, les différences et la complémentarité inévitable. Beaucoup de finesse et de générosité dans ces Grandes Personnes joliment dessinées.

Les Grandes Personnes, 156 pages, Dargaud, 22,95 €

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