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Le Serpent majuscule, la vieille qui aimait les cadavres avec Lemaitre

Pierre Lemaitre aura été pratiquement totalement adapté en BD. Dernier en date de ses romans, Le Grand Monde, ou Le Miroir de nos peines, après Au-revoir là haut et Couleurs de l’incendie. On n’oublie pas l’excellent Inspecteur Verhoeven ou encore Cadres noirs. Lemaitre est un écrivain hors normes, digne d’un Dumas qui aurait été revisité par Frédéric Dard et sa Vieille qui marchait dans la mer. Avec Le Serpent majuscule Lemaitre publiait son premier polar écrit en 1985 mais avait attendu longtemps pour le faire, en 2021. Dominique Monféry (Une pour toutes à lire absolument) a maîtrisé cette adaptation dans laquelle une dame d’un certain âge fait dans l’élimination de cibles bien vivantes qui ne le restent pas après son passage. Du polar mais noir comme jamais. Plus noir tu meurs, la preuve.

1985 flanqué de son Dalmatien et sous son poncho jaune, elle planque dans la rue avant d’aller trucider avec du gros calibre un type qui en prime va prendre deux balles de 357 dans l’entre-jambe. Pas un hasard, la vieille sait viser et laisse un tas sanglant avant d’aller jeter son silencieux dans la Seine. Mission accomplie car c’est un contrat. La brave dame façon de parler est une tueuse à gages. L’inspecteur René Vassiliev sur l’enquête constate le carnage et le nom du dessoudé, Biasini, un grand industriel. En plus le chien du type a lui aussi pris une balle. Vassiliev a un père sous tutelle gardée par une charmante jeune femme à laquelle il n’est pas insensible. La mort qui marche a un patron, Monsieur Simon. Et du pain sur la planche. Constance Gallet peut-être alors que Vassiliev interroge la veuve de Basiani qui a été explosé avec un Desert Eagle, un flingue pas courant. Son patron joue la carte de la maffia. En fait Mathilde la tueuse a fait ses débuts dans la Résistance avec Henri Simon qui est devenu son employeur mais le dernier contrat a un peu trop dérapé. Les initiatives il n’aime pas Henri.

Du travail propre sans bavures ou sinon Mathilde au mieux c’est la retraite et au pire le fond de la Seine. Ce qui est fascinant chez Lemaitre c’est des petits riens, le quotidien qui forme un gros tout absolument surprenant. L’humain en tête, presque banal, l’Assassin habite au 21. Suspense et rebondissements très bien tournés, il y ajoute de la tendresse, de l’humour mais n’a aucun état d’âme pour ces personnages. On meurt chez Lemaitre et dans Le Serpent majuscule on extermine mais avec quelle joie de vivre. Simone Signoret aurait sûrement beaucoup aimé jouer Mathilde. Pas dit que Monféry ne s’en soit pas inspiré au dessin ou de Line Renaud. Un bouquin qui méritait en tout point une BD que l’on recommande cependant de lire aussi en version roman. Et aussi les Verhoeven bien sûr, tout Lemaitre si possible, on n’est jamais déçu.

Le Serpent majuscule, Rue de Sèvres, 20 €

 

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