Un album qui amène mine de rien vers des chemins tortueux sur une mise en page et une conception graphique novatrice. Une page de dessin et une page de dialogues manuscrits raturés si besoin. L’Elu ressemblerait-il à ses lecteurs ? Fulvio Risuleo au scénario et Antonio Pronostico au dessin signent en fait une sorte de descente aux enfers étonnante, pas vraiment déroutante mais qui interpelle. Un album à part qu’il est nécessaire de lire si on aime les vrais découvertes. Ce serait dommage même si on a mis le temps de passer à côté. La création, l’environnement bureaucratique, l’humain manipulé, l’entreprise et ses usages, un chemin de croix que l’on ne soupçonne pas.
Nuits blanches de la poésie, des vers rebelles pour rester éveillé, pour se rappeler que la poésie est plus vivante que jamais. Les mêmes stands, la nuit des poètes auto-édités, il est là assis, les gens regardent, sourient et s’en vont. Deux hommes se distinguent, prennent ses poèmes, les lisent, les achètent, le juge fort, il écrit à la main et a une belle calligraphie. Mathilde vient souvent le voir, première page à gauche le texte manuscrit, à droite la planche dessinée. Et on enchaîne. Un appel, on veut lui parler, on a besoin de lui. Entretien, questions longues, il écrit à la perfection, promesses. Il va voir sa mère au cimetière, lui dire qu’il a enfin un job mais se tait. Tout glisse sur lui a dit Mathilde. Le réalisme bureaucratique, cinq jours d’enveloppes à traiter, il inscrit le destinataire, nom et adresse, tampon. C’est lui en fait le tampon. Bon salaire et boulot étrange. Il passe à des phrases à recopier sans reformuler. La cheffe de service les collecte sans un mot.Un collègue lui dit quand tu verras le stylo ce sera le signal, que le maître est dans son bureau. Il s’entend bien avec Pietro. Les autres sont hostiles. Le stylo est le signal des griffes. Le lundi les hommes aux stylos dans la poche de la veste se bousculent pour voir le maître. Un matin on le salue, il est l’élu.
Un vision assez pertinente de l’entreprise, ses coutumes, ses règles, un dessin froid qui met dans l’ambiance, le découpage, on se balade dans un univers de non-dit que l’on peut à sa façon interpréter. Le lien parfois incompréhensible qui peut relier un patron et l’un de ses employés. Un thriller intellectuel et social, le maître est en fait célèbre, il a ses griffes, de toutes les professions. Ne pas se laisser dérouter et une fin qui évidemment ne peut être autre. L’Elu est une leçon de vie.
L’Elu, 112 pages, Steinkis, 22 €
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