Zorglub de retour, José Luis Munuera « c’est un père avec un côté Docteur Folamour »

Il est de retour avec sa cape et son fume-cigarettes (électronique). Il est toujours aussi méchant, enfin presque, car c’est papa Zorglub désormais. Sa fille se prénomme Zandra et c’est José Luis Munuera qui a redonné vie au rival de Champignac. Munuera dont le dessin est l’un des rares à pouvoir se prêter à ce défi passionné signe aussi le scénario de La Fille du Z. Zorglub, un sentimental papa-poule ? Il faut le lire pour le croire mais quand on chasse le naturel il peut revenir au galop. José Luis Munuera a dit à ligneclaire pendant le BD Lyon Festival comment il avait eu l’idée de consacrer une série à l’un des personnages les plus emblématiques de Franquin. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.

José Luis Munuera
José Luis Munuera face à Zorglub ®

José Luis Munuera, on s’était vu pour Spirou il y a quelques années à Angoulême. J’ai découvert le nouveau Zorglub dans Spirou en pré-publication. Question banale, pourquoi avoir choisi Zorglub ? Le choix était évident pour vous ?

Oui, absolument. Vous avez en effet été l’un des premiers à donner votre avis sur cette reprise. Le personnage était évident effectivement. Zorglub a du charme. C’est le plus le complexe des personnages de la série. Il est méchant sans l’être. Champignac lui a fait la morale. Il est déprimé comme ce n’est pas possible. C’est un personnage plein de possibilités avec lequel on peut jouer sur plusieurs niveaux.

Une série que vous assumez entièrement, texte et dessin. Zorglub a un passé derrière lui de méchant qui rate son coup ?

L’idée était de prendre le personnage tel qu’il était car ainsi il y a des bases partagées avec les lecteurs. Dans ce premier album j’ai tout fait pour rappeler la mythologie de Zorglub pour qu’on fasse le lien avec Spirou et le Zorglub d’origine.

Zorglub
Un général bête et méchant

Vous l’avez un peu démythifié par contre.

C’est assez parodique en effet. Il pique les bonnes idées aux autres mais en fait c’est tiré de l’image qu’en a donnée Franquin.

L’information principale avec vous c’est que Zorglub est papa et qu’il a une fille.

Oui et c’est vraiment ce qui marque la différence. L’apparition de sa fille Zandra c’est, pile-poil, l’antithèse de Zorglub, le misanthrope et le mégalomane.

Mais il l’a crée de toutes pièces sa fille.

Zorglub est un scientifique. C’est son chef d’œuvre sa fille, techniquement et sentimentalement. Nous les parents, avons un peu les mêmes rapports avec nos enfants. En fait ses deux grandes inventions c’est la Zorglonde et sa fille. C’est un père dans la lignée de Pinocchio, avec la voix de la raison qui est celle du majordome robot, le Jiminy Cricket. C’est un jeu de dominos où tout fonctionne ensemble.

Comment avez-vous trouvé cette histoire ?

Cela m’est venu d’un coup. Je voulais trouver la bonne formule pour être léger. L’idée de Zorglub m’est arrivée et j’ai eu juste à la mettre en forme.

Vous aviez déjà dans un Spirou dessiné Zorglub ?

Exact. Il y avait eu un flash-back avec leur jeunesse commune avec Champignac. C’est un personnage qui a toujours eu pour moi un potentiel énorme.

La Fille du Z
Une fille qui perturbe son Zorglub de père

Ce sera une série mais toujours autour de Zorglub et de sa fille ?

Pas forcément. Zorglub pourra être seul. Elle sera là bien sûr mais le vrai héros c’est Zorglub. Ce sera assez équilibré. J’ai l’impression que Zandra, sa fille, prend bien auprès des lecteurs.

Elle est attachante avec des pouvoirs extraordinaires.

C’est un super-héros en quelque sorte. Mais gentille avec un père super-méchant qui la couve.

Un Docteur Folamour ?

Oui tout à fait. Il y a de la comédie dans cette histoire avec des moments conflictuels. Dans le dépliant central de l’album Zorglub explique ses origines à sa fille mais aussi aux lecteurs.

Cela n’a pas été trop difficile de vous emparer du personnage ?

Non en fait c’était tellement clair dans ma tête que cela a été simple. J’ai vingt ans de métier je sais ce que je peux faire facilement ou les difficultés que je vais rencontrer. Cela n’a pas été difficile pour l’appropriation graphique. Cela correspondait à mon dessin.

Comme à l’époque où vous dessiniez Spirou d’ailleurs ?

Spirou c’était difficile. Pour Zorglub ça collait et j’ai eu une liberté royale de l’éditeur qui croyait dans le projet. Avec Spirou il y avait des contraintes.

ZorglubOù allez-vous nous emmener pour le tome 2 ?

J’ai des pistes. Dans la suite on va inverser la logique dramatique. J’imagine que Zandra rompt avec son petit ami. C’est un drame alors Zorglub kidnappe quatre candidats qu’il va tester pour trouver le copain idéal pour sa fille. Pour lui c’est un procédé normal. Je suis en train de rédiger mes notes. Pour l’instant je suis sur le dernier Campbell. Je n’ai pas d’autres plans à long terme.

Comment travaillez-vous ?

Zorglub, la Zorglumobile, la baleine clin d’œil à Pinocchio, le général, c’est intéressant de travailler, prendre une idée, chercher des pistes. Je travaille de façon classique, crayon, encrage, sauf la couleur à l’ordinateur. Je n’écris pas un scénario complet. Je prends mes notes et je me lance sur la planche. Je ne veux pas de moments créatifs séparés. Je veux une mise en scène en direct. Il y a parfois des erreurs mais cela transmet de l’énergie. C’est ce que je cherche. Un bon dessin c’est une question de temps mais moi je veux de l’action, du souffle.

D’autres personnages vont apparaître dans Zorglub ?

Oui car dans ce premier album il y a cinq personnages en tout. Et un comique de situation. Le lecteur sait maintenant où on va. C’était un défi et une responsabilité. Si Zorglub a son public Dupuis fera, pourquoi pas d’autres spin-off. Champignac peut-être ?

Dédicace de José Luis Munuera

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