Freux, la mort dans les tranchées

A l’Ouest rien de nouveau, Kaput, Les Croix de Bois, des tranchées en 14-18 et un corbeau qui vole au dessus des corps, Freux est une chronique en huis-clos où les fantômes se rejoignent. Tony Zwald est au dessin, en noir et blanc et dans lequel la mort est esthétique. La guerre est une folie, les hommes sombrent sans exception et Zwald en montre le mécanisme imparable, inexorable. Tony Zwald est un illustrateur taphophile. Fortement impressionné dans son enfance par sa première visite dans un cimetière, élevé et nourri aux arts classiques, se définissant avant tout comme un illustrateur, c’est au travers de la guerre et la psyché du soldat qu’il exprime l’union indéfectible du noir et du blanc dans toutes ses dimensions.

Des barbelés, un corbeau et deux soldats allemands perdus dans le no man’s land. La pluie transforme les tranchées en mares de boue. Le corbeau est impassible. Otto lui tire dessus. Il croit l’avoir touché, erreur. IL recommence et veut sortir de la tranchée pour en avoir le coeur net. Karl l’en empêche, il y a des snipers français. Ils sont certains qu’un spectre les observe. Et le souvenir des morts. Otto part avec les gamelles pour se ravitailler, erre dans les barbelés. Et veut se suicider avec le Luger que lui a donné un camarade mort depuis. Otto craque, sort et est abattu. Karl veut tenir bon. La rélève semble approcher mais ce sont les fantômes des amis tués. Dans une autre tranchée les soldats attendent, lisent leur courrier. Avec une pince Wolf sort pour couper les barbelés. Il est tué à son tour et le corbeau revient. Le lieutenant Klaus est prostré, ne mange plus. Il pense avoir été trahi.

Le corbeau est le seul témoin innocent qui compte les points, ne juge pas. La mort règne en maître. Le dessin est à la fois violent, réaliste et puissant. La solitude s’impose. Pas de vainqueur. En cela le récit rebat les cartes sans faiblesse, l’homme mourra et le corbeau s’envolera vers un autre spectre en puissance. Des champs de blés où on le chasse il est passé aux champs de cadavres. Une fable sans concession et graphiquement parfaite avec un cahier de croquis en fin d’album.

Freux, 72 pages, Editions Blueman, 14 €

 

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