Les Mondes de Thorgal, épisode 2 : une saga familiale

Le Monde de Thorgal est une vraie saga familiale, pas de dérapages, pas d’excès. On reste toujours volontairement politiquement très correct. Normal car Thorgal et ses mondes sont tout public, un public qui a bien accueilli ses variantes.

Thorgal n’est pas un méchant, ni un violent contrairement aux Vikings qui l’ont adopté. Il partira avec sa femme Aaricia faire leur vie et voyager, affronter toutes sortes de dangers dont son ennemie mortelle Kriss de Valnor qui elle-aussi est devenue une tête de série.

Piotr et Grzegorz Rosinski
Grzegorz Rosinski et son fils Piotr qui est son conseiller. JLT ®

Krisss, c’est elle la méchante de l’histoire avec qui Thorgal a eu un enfant. Deux pistes en un seul personnage pour des séries parallèles. Thorgal est un atypique, un gentil, homme d’action, qui a un bon fond mais qui sait parfaitement se défendre quand il le faut et qui est aussi capable de douter. Humain Thorgal, pas un super-héros.

Yves Sente, scrupuleux et fin scénariste de séries phares (Blake, XIII, etc.) a pris la relève de Jean Van Hamme et écrit le scénario de Thorgal depuis le tome 30, Moi, Jolan en 2007. Il a eu aussi la mission de gérer toutes les directions que pouvaient prendre les séries annexes, assurer la stratégie et la logistique scénaristique. (Lire Trois questions à Yves Sente dans l’épisode 4, dernier volet de la série)

« Pas de cannibalisme, pas question de sacrifier une série pour l’autre. Il fallait une formule simple, ne pas s’éloigner de la formule gagnante » comme le souligne le fils de Rosinski, Piotr, très présent, pragmatique, et impliqué dans le monde de Thorgal. Il accompagnait son père lors du festival de Vaison, toujours à ses côtés, agent de Grzegorz Rosinski qui dit « ne pas s’occuper directement de ses affaires ». « Thorgal est l’une des rares séries connues dans les pays de l’Est ». Une fierté pour les Rosinski qui s’avouent « comblés ». On le serait à moins.

Un conte de fées sous contrôle

Côté reprises il y a du beau monde. Que ce soit avec celle signée par De Vita au dessin, Kriss de Valnor, avec toujours Sente au scénario, ou Louve, avec un petit prodige très académique au crayon de feu, le Russe Roman Surzhenko qui selon Piotr Rosinski « apporte un souffle nouveau » mais toutefois assez classique.Cette fois Yann est à l’écriture.

Les Mondes de ThorgalDeux dessinateurs qui vivent selon Piotr Rosinski « un conte de fées ». Le bonheur avec Thorgal. Et Rosinski père d’enchaîner que « jamais je n’ai insisté pour que ces dessinateurs travaillent comme moi. De Vita n’a pas essayé de me copier. Il a son propre style ». On peut le croire. Le risque aurait été en effet de désarçonner les lecteurs qui n’auraient vu que du copier-coller.

Reste qu’un cahier des charges existe. Contrôle absolu. Rien de nouveau sous le soleil. Les repreneurs de Blake et Mortimer ou autre XIII sont logés à la même enseigne afin que la cohérence subsiste et, comme déjà dit plus haut, on évite tout dérapage.

Yann, brillant scénariste (Pilote à l’Edelweiss avec Hugault, ou Spirou avec Schwartz parmi d’autres) a donné le ton aux aventures de Louve : « c’est une aventure bien bâtie depuis les débuts des Mondes en 2010. Yves Sente gomme toutes les incohérences. Il réagit comme le rédacteur-en-chef qu’il a été. Un maître d’œuvre très ouvert ». Sente et Yann recoupent leurs textes de façon certes à ne pas commettre de bavures temporelles, de personnages mais pour se laisser aussi des portes ouvertes crédibles pour l’avenir. Rien n’est laissé au hasard. Un business intellectuel cadré.

Ne pas se marcher sur les pieds

Yann
Yann. Photo Alexis Haulot – Dargaud ©

Un vrai travail de Bénédictin car tout doit coller. Pas de droit à l’erreur et un accord entre Sente et Yann sur l’intrigue. Chacun peut soumettre ses propres propositions. Yann avoue : « Moi j’adore me mettre dans un carcan, dans une structure. Je suis au service d’une série que j’aimais. Pour Louve, jeune fille sauvage, on est plus proche de l’adolescence, des problèmes d’identité. Louve va faire un travail sur elle-même ».

Et pour la charte graphique ? « Piotr Rosinski qui a choisi le dessinateur Roman Surzhenko pour Louve assure la ligne graphique selon les cadrages de son père, de grandes cases et 46 pages maximum, la typographie. Idem pour le format, la forme des bulles, les couleurs, le découpage, le logo de couverture. »

Pour Yann la grande aventure continue avec le troisième monde début 2013. Le premier tome de La Jeunesse de Thorgal commence quand le héros a environ quinze ans, à la fin de l’album Aaricia de la série mère : « Cet album s’inscrira dans la logique de la série mais l’aventure sera originale, toujours bien sûr avec entre nos séries des passerelle ». Le maître-mot.

Jean-Laurent TRUC

(A suivre, Thorgal épisode 3, un lectorat fidèle et des chantiers)