Les Mondes de Thorgal épisode 3, un lectorat fidèle et des chantiers

Restent les lecteurs. Car si Thorgal a vieilli ses fans aussi. D’où le besoin vital pour la série de ratisser plus large avec les Mondes. Une simple affaire de calcul. Un lecteur qui avait 20 ans en 1977 est presque sexagénaire. La relance était obligatoire et cette fois c’est l’objectif commercial qui était en jeu. Ce qui explique en partie que Louve, les péripéties de la fille de Thorgal, soient plus destinée à un public plus jeune qui ainsi viendra peut-être se raccrocher aux Mondes dans la totalité des ses titres.

Digne d'une reine
Kriss, ennemie (amoureuse) de Thorgal a sa propre série

Et si il y a un lecteur inconditionnel de Thorgal et de ses Mondes c’est bien Stéphane Hardy. Il a été le créateur en 1999 du premier site sur le thème qui est devenu une référence, une vraie réussite – il faut y aller absolument –  et a ouvert son premier album à l’âge de 7 ans. «  J’étais trop jeune. Thorgal n’est pas fait pour un public d’enfants. Ce n’est qu’à l’adolescence que j’ai retrouvé Thorgal pour ne plus le lâcher. J’ai 37 ans aujourd’hui. C’est vrai que l’on voyait arriver la fin de Thorgal. D’une façon ou d’une autre il devait y avoir une relève ».

Stéphane Hardy considère que les lecteurs du Thorgal historique s’y retrouvent, que Thorgal a bénéficié du lancement des Mondes : « Le choix des dessinateurs pour Krisss ou Louve ont été les bons. De Vita a fait évoluer son trait. Surzhenko est plus classique mais ils ont intégrés les codes ce qui pour moi lecteur est important ». Il évoque pourtant un risque. « Faire durer trop longtemps des histoires  qui peuvent lasser un lecteur qui en finale ne s’y retrouve plus si les séries s’attendent les unes les autres. On aurait pu ouvrir à d’autres personnages et même à des one-shot. Le lecteur de Thorgal était habitué à des cycles ».

Ce qui n’a pas été la politique de l’éditeur, on le sait. Reste que les Mondes d’après les retours qu’en a Stéphane Hardy sur son forum et des libraires spécialisés consultés ont été bien accueillis.  Prudence tout de même car l’équilibre est fragile, le lecteur exigeant et un risque de fracture toujours possible face à la série d’origine.

De grands chantiers

Aux origines des Mondes
Un album catalogue pour la prochaine exposition

En janvier à Versailles Thorgal s’exposera. Pour l’occasion un hors-série, Aux Origines des Mondes vient de sortir, à la fois catalogue de l’exposition et condensé explicatif de la démarche éditoriale pour que le lecteur s’y retrouve.

Ensuite se discute le contrat d’une fondation près de Bâle et d’un musée Thorgal. On serait en 2014 et ce musée accueillerait aussi d’autres artistes pour des expositions temporaires. On sait tout le plaisir qu’à Rosinski à peindre quand il n’est pas plongé dans le dessin de Thorgal.

Se posent enfin les droits à l’image. On reste dans le vague car si ils avaient bien été négociés le contrat viendrait à expiration. Film (mais cela coûte cher), série TV, mélange hybride d’animation et d’acteurs, « tout est possible avec Thorgal ». Rosinski père et fils sont d’accord sur ce point, comme sur tous les autres en fait, et de conclure « qu’il n’y a pas de tension dans les équipes « thorgaliennes ». L’esprit d’une équipe soudée depuis le début ». Tous les mondes sont beaux et tout le monde est gentil. Pourvu que ça dure.

Jean-Laurent TRUC

(A suivre, Thorgal, épisode 4 et fin, des chiffres et l’interview d’Yves Sente, scénariste de la série)