Interview : Guy Delisle signe un Donjon Monsters avec Trondheim

Guy Delisle, canadien montpelliérain, est l’un de ces auteurs qu’il est toujours agréable de rencontrer car on sait qu’on va pouvoir évoquer avec lui une multitude de sujets sans jamais être dans le cadre rigide d’une interview classique. On a donc, en bavardant, parlé du Donjon Monsters qu’il fait avec Trondheim, un projet de Lucky Luke écarté, des envies de biographies ou même, pourquoi pas, une BD reportage si l’occasion se représentait. Mais on aussi parlé de Spirou, Blake et Mortimer, de Peyo, un tour d’horizon en toute simplicité, un bavardage amical et savoureux, au soleil de Montpellier. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.

Guy Delisle
Guy Delisle. JLT ®

Guy Delisle, et si on faisait un point d’étape.

Je viens de faire Les Rendez-vous de l’Histoire à Blois. C’est vraiment l’Histoire le thème et ils y ont mis un peu de BD. Le thème c’était le travail et comme j’ai fait dernièrement Chroniques de jeunesse, ils m’ont invité. Ce sont mes souvenirs de jobs dans une usine de papier et mon père y travaillait aussi mais lui pendant 40 ans. C’est un festival passionnant pour les historiens. Il y avait Morvan pour la Résistance.

Sur quoi travaillez-vous aujourd’hui ? Ou avec qui ?

Je fais un Donjon avec Lewis Trondheim. Ce sera un Donjon Monsters, le 16e. Le titre sera Quelque part ailleurs et je signe le dessin. Donc avec Sfar et Lewis au scénario bien sûr. Parution en 2022. Je vais finir en janvier le dessin mais il y en a d’autres Donjon en transit avant celui-là.

C’est une série qui tient toujours bien la route avec un lectorat fidèle.

Oui, et ils maîtrisent bien le sujet. J’avais dit à Lewis que s’il en avait un pour moi, j’étais partant pour essayer autre chose. Au début j’ai regretté. Je me suis demandé dans quoi je m’étais embarqué. C’est compliqué mais au bout de trois jours, j’étais dedans et je me suis amusé comme un fou.

Donjon Monsters
Un extrait du Donjon Monsters. Guy Delisle ®

Lewis intervient beaucoup pendant la conception graphique ?

Pas du tout. C’est même moi qui le sollicite parfois. C’est très flexible et fait pour que les invités puissent rentrer dedans facilement. J’ai même proposé des points de détails sur le scénario. Il accepte ou pas. Faire un Donjon, c’est un challenge qui est très chouette.

Et hormis ce Donjon ?

Je ne fais jamais du multi taches. Je n’arrive pas vraiment à mélanger les travaux, à travailler sur plusieurs projets en même temps. J’ai essayé mais le mieux pour moi est d’être sur une seule histoire, de l’avoir en tête. Elle murit au fil des jours.

Donc vous n’avez pas une vision à long terme de votre travail.

Des fois je le sais. Mais là j’ai pris Donjon car j’hésitais entre plusieurs projets. Quand Lewis m’a dit qu’il avait un Donjon pour moi, j’ai dit OK. C’est souvent des idées détournées qui font naître les livres. Pour Le Guide du mauvais père, j’ai fait quelques dessins sur mon blog. Les retours ont été bons et j’en ai fait un livre. En fait quatre, mais les enfants ont grandi. Donc c’est terminé. Pour tout dire, je voulais surtout faire un Lucky Luke et j’ai bossé là-dessus. Un remake du Pied Tendre. Mais cela n’a pu se faire. J’aurais tout réalisé, scénario et dessin. C’était un hommage. On aurait été un peu dans du Gary Cooper à l’ancienne. Blutch aussi a un projet dans ce genre. Dans les BD franco-belges que je lisais jeune, Lucky Luke était pour moi au-dessus de tout. Morris était génial.

Lucky Luke
Lucky Luke par Guy Delisle ®

C’est vrai que ses personnages étaient fantastiques.

Joss Jamon, Phil Defer, le chasseur de primes avec Lee Van Cleef, on est dans les premiers dans la lignée des comics US. Morris avait une réputation de rond de cuir et quand on lit ses souvenirs du voyage avec Franquin aux USA pour essayer de travailler pour Disney, ils sont au Mexique à un moment. Morris passe une nuit en prison pour ivresse et on se demande comment ce personnage très BCBG, bien rangé a pu finir en prison à Tijuana.

Lucky Luke
Il était une fois dans l’Ouest. Guy Delisle ®

Vous êtes un fan de séries en BD ?

Je m’y intéresse mais les séries en BD, c’est complexe. Spirou c’est devenu un peu compliqué. Le Groom, Champignac, Zorglub, la reprise par Schwartz après Yoann, Émile Bravo. Très foisonnant et dans tous les sens. Pour Blake et Mortimer par exemple, Schuiten a signé l’un des meilleurs, Le Dernier Pharaon, et du coup j’ai relu tous les Blake d’un coup. Un autre album m’a beaucoup marqué dans un style et une série très différente, le Cosmoschtroumpf qui a un scénario remarquable, un bijou de narration. On pourrait en faire un film. Peyo était un très bon raconteur d’histoires.

Le Cosmoschtroumpf
Le Cosmoschtroumpf. Dupuis ©

Pas de voyages en perspective ou autre envies ?

On ne bouge pas pour l’instant familialement. A moins que ma compagne ait envie de refaire une mission humanitaire à l’étranger. Je ne suis pas contre. Mais ce n’est pas parce que je vais quelque part qu’il y a un livre. Au Vietnam, je m’étais baladé, pris des notes mais au retour je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas matière à un album. Mais si on peut aller en Afrique Noire pourquoi pas. J’ai des envies de travailler sur des biographies, sur un personnage qui a existé. Des scientifiques peu connus, un marchand de tableaux de la Belle Époque comme Ambroise Vollard. Je me renseigne sur sa vie depuis longtemps. Il me fascine, il a fait connaître Cézanne.

Ambroise Vollard
Pierre Bonnard, Portrait d’Ambroise Vollard au chat, vers 1924, huile sur toile, Petit Palais. Paris Musées / Pierre Bonnard ©
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