Interview : Christophe Cazenove, scénariste très populaire et tout pour l’humour

On avait croisé Christophe Cazenove à la fin de l’année dernière à Montpellier, à La Mutuelle des Motards, pour la sortie de l’album à diffusion privée Handi, Cap’ ou pas Cap’ auquel il avait participé comme scénariste. Une belle aventure Handi, Cap’ ou pas Cap’ avec un superbe travail associatif comme le faisait remarquer Cazenove. Nous allons publier des planches sur le site ligneclaire.info de Les Insectes, une de ses séries, pour faire sourire les lecteurs, ce dont on a bien besoin actuellement en collaboration avec Bamboo. Cazenove est l’un des piliers de cet éditeur. Une belle occasion de faire un tour d’horizon sur ses scénarios et sa façon de travailler, lui un auteur à grand succès pour le meilleur et pour le rire. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.

Christophe Cazenove
Christophe Cazenove au festival BD d’Hérépian 2014. Photo BD’Répian ©

Christophe Cazenove, pour vous l’humour est roi ?

J’aime effectivement l’humour mais je suis aussi un lecteur de livres, de BD également. J’en lis un peu moins car je lis pas mal de bouquins, des romans ou pour la doc. J’ai des piles qui attendent. Quand j’étais plus jeune, mes goûts étaient tranchés. J’étais fan de Greg, de Talon, de Séron, de Cauvin avec les Tuniques Bleues, Robin Dubois. Les classiques aussi avec Lucky Luke. Rahan est la seule BD réaliste que j’arrivais à lire.

Donc de la BD gag ? C’est ce qui vous a influencé le plus dans votre écriture ?

Oui, du gag. Carrément. Ado, je passais mon temps à dessiner des pages et des pages de BD d’humour. Sans savoir que j’en ferai mon métier. Je voulais m’amuser en écrivant des BD, inventer des personnages. J’ai eu de la chance que mon premier éditeur, Bamboo, le seul qui m’ait répondu, soit spécialisé dans le gag. Je ne pouvais pas mieux tomber.

Vous avez une grosse production. Vous êtes monté en puissance avec Les Sisters, Mes Cop’s avec Fenech. Combien d’albums avez-vous signé depuis le début de votre carrière ? Vous avez compté ?

Mes Cop's Il y a cinq ans, je crois pour un concours. J’avais dû donner le chiffre de 150 ou 160.

Comment gérez-vous ? Comment le scénariste s’organise ? Par tranches d’heures, de jours ?

Déjà pas par planning, je ne peux pas. Il suffit que je planifie pour que ça ne marche pas. Je travaille à l’urgence. Ce matin, j’ai eu un mail de William pour les Sisters qui voulait des pages. Je travaille à la priorité. J’ai des projets aussi à mener. Donc je mixe. J’ai des horaires mais avec des choix sans planning. Au début j’en faisais, mais plus maintenant. Tout se décide au moment où je suis devant ma feuille et je peux changer au dernier moment.

Vous savez au moins combien vous avez de séries en cours ?

Non (rires). Dix ou douze je crois. Mon but n’est pas de faire beaucoup de séries. J’ai surtout la chance de travailler avec des copines, des copains. Je n’ai pas envie de compter car cela pourrait me faire louper des opportunités intéressantes.

C’est vous qui avez des idées de scénario, on vous en propose ? Vous êtes impressionnant quand on lit votre bibliographie.

Les Sisters Tous les cas sont possibles. Les Sisters c’est William qui m’a proposé de travailler avec lui. Les Petits Mythos, j’ai une passion pour la Grèce. Ça dépend. L’éditeur peut aussi me proposer des sujets. Pour les Insectes que vous allez publier j’ai travaillé avec un autre scénariste.

C’est-à-dire ?

On m’a proposé de collaborer sur la série. C’est une idée de François Vodarzac passionné par les insectes. Il avait envie de travailler sur ce sujet. Il y avait déjà chez Bamboo Les Dinosaures, Les Animaux Marins. On apprend plein de choses avec les Insectes. Comme il n’avait pas l’expérience de l’écriture de gags, il s’occupe de toute la partie documentation. Moi des gags et on en est au sixième album avec Cosby au dessin. Il trouve maintenant des gags aussi mais c’est une collaboration très différente des autres.

Vous avez un public fidèle, qui vous suit, assez jeunesse.

Honnêtement je ne sais pas. J’ai vraiment avancé dans un rêve. J’ai pris tout ce qui venait, de la BD que j’avais envie de faire. Mais je ne me suis pas dit j’allais m’axer sur une catégorie de lecteurs.

Les Animaux marins en BD Votre talent a créé votre public.

Je suis content et j’ai la chance de travailler avec de très bonnes dessinatrices, dessinateurs. Chez Bamboo il y a un vrai vivier de talents qui ont souvent démarré chez cet éditeur. Cela fait beaucoup pour le succès et la durée d’une série. On a effectivement la chance d’avoir des publics qui nous suivent. En dédicace, je rencontre des gamins qui me racontent les pages.

Les Gendarmes, Les Pompiers ce sont aussi des séries références pour des professions qui se retrouvent dans votre humour.

Bien sûr. Ce sont les premières BD que j’ai écrites pour Bamboo. Ce que j’aime ce sont des groupes de personnages. Je l’ai fait pour les Pompiers. Mes gags sont spécifiques pour chaque série ou personnage. Les gags ne sont pas interchangeables d’une série à l’autre comme certains le croient.

Quand on recherche Cazenove sur ligneclaire vous apparaissez souvent. En particulier avec une série récente Tizombi ? Comment en avez-vous eu l’idée ?

J’avais lu, plus jeune à mes débuts, une interview de Yann. Il disait qu’il demandait à ses dessinateurs ce qu’il avaient envie de faire, ce qu’ils écoutaient comme musique, leurs films favoris. J’applique maintenant ce système. Je n’ai jamais de scénarios prêts dans mes tiroirs. Pour Tizombi, c’est William qui avait ce personnage dans ses cartons qu’on voit parfois dans les Sisters, joujou du chien. Il m’a demandé si cela m’intéressait de le travailler. Il voulait que tout se passe dans le cimetière. J’aime bien les défis. Et voilà.

Tizombi C’est très décalé, un peu famille Adams ?

Pour une fois je suis dit que j’allais faire une série ado-adulte. J’adore les films de zombis, je regarde actuellement la nouvelle saison de Walking Dead. On voulait faire du vrai zombi, pas light, avec tout ce qu’il faut d’un peu sanglant. Je me suis aperçu que les lecteurs étaient les mêmes que les Sisters. Beaucoup de filles de 7, 8 ans et je préviens les parents que ça fait un peu peur mais aucun problème.

Le réalisme ne vous tente pas ? Un bon polar ?

J’ai essayé sans codes spécifiques mais j’ai eu du mal à faire une histoire sérieuse. Par contre, faire une BD avec un dessin plus réaliste, j’ai des projets. J’aimerai développer une série, ne pas faire un seul album pour le principe. Prendre le temps.

Vous avez aussi repris Boule et Bill. Le dessinateur Jean Bastide dit que vous connaissez par cœur l’œuvre de Roba et que cela avait été un plaisir de travailler avec vous.

C’est vrai. Quand Dargaud m’a proposé ce projet, au début, j’y suis allé les mains dans les poches. Faire du gag ailleurs que chez Bamboo ne m’intéressait pas. Quand on m’a proposé Boule et Bill, je suis resté sans voix. J’avais envisagé de travailler sur Talon mais Boule et Bill me convient beaucoup mieux. Talon, je ne sais pas vraiment pas à qui cela s’adresse. Gamin, j’avais écrit à Greg qui m’avait répondu en 1981. J’étais un fan. Mais Boule et Bill est vraiment dans mon univers. Sans pression ressentie.

Ce n’est pas trop compliqué justement une reprise, les ayants-droits, l’éditeur, un cahier des charges ?

Boule & Bill C’était la seule crainte que j’avais au départ. Mais pas du tout. Le cahier des charges n’a jamais bougé. Revenir au Boule et Bill de Roba avec le noyau central traditionnel pour les personnages. C’est vraiment un plaisir. Jean a une capacité parfaite à comprendre l’esprit Roba. On travaille sur le 5e album. On est arrivé au moment du 60e anniversaire.

Vous choisissez vos dessinateurs ?

Non, je n’ai rien dans mes tiroirs d’écrit à l’avance. L’éditeur parfois peut me proposer des noms mais le plus souvent c’est pour le plaisir de travailler avec des copains. C’est amical, convivial. Quand on me demande quelle est ma série préférée, je réponds qu’il n’y en a pas. Ce qui compte c’est la joie de travailler avec un ami.

Vous m’avez dit que vous étiez un accro de la Grèce ?

Oui, de la mythologie grecque mais aussi de la Grèce en général. Antique ou moderne. J’apprends le Grec depuis quatre ans. Je lis des romans grecs. Je ne sais pas pourquoi cette passion mais je me souviens que j’avais été fasciné gamin de savoir que les Jeux Olympiques avaient été créés en Grèce. La culture grecque me passionne et je m’en sers dans les Petits Mythos où je donne des infos authentiques.

Les petits Mythos Vous évoquiez des projets. Quelles vont être les nouveautés de Cazenove ?

Un titre qui va sortir, Le Zoo des animaux disparus. L’idée était de faire une BD sur un zoo mais cela ne me convenait pas. Mon zoo ne sera composé que d’animaux disparus comme le Dodo. C’est un sujet sympa, une façon de les faire revivre. En projet, il y a un album sur le harcèlement pour l’année prochaine, sujet beaucoup plus sérieux.

Vous êtes souvent invité dans des festivals.

Je suis parfois seul pour défendre l’album en festival mais les enfants ne font pas la différence. Ils viennent pour leur héros sans savoir si je suis scénariste ou dessinateur. C’est très agréable.

Comment vivez-vous le confinement actuel ?

Comme tout le monde. Je devais aller dans une classe, invité dans le cadre de l’Année de la BD pour rencontrer des primaires mais on a reporté bien sûr. C’est très compliqué aussi pour les libraires qui ont fermé. Je pense qu’on fera le bilan ensuite mais chez moi le libraire avait ouvert en octobre. On n’en avait plus depuis deux ans. J’espère que cela ne sera pas trop dur. Les sorties risquent aussi de se télescoper. On va arriver à l’été généralement calme avec ensuite la fin d’année et les grosses sorties.

On reste sur une note optimiste. Les Sisters sont devenues une série TV. Une consécration.

Oui la deuxième saison passe en septembre sur la 6. La belle histoire continue. On est des fans avec William du dessin animé. C’est fidèle et ils font un sacré travail. Et cela nous amène un nouveau public pour les albums. Une belle aventure. Pour l’instant pas d’autres projets dans ce domaine. Peut-être pour les Petits Mythos. Je suis content d’être populaire, de vivre de ce métier. Et d’avoir un bon éditeur depuis 20 ans qui me suit.

Dédicace de William