L’Étreinte, Jim et Laurent Bonneau pour un OVNI unique et sensuel

Il y a des œuvres que l’on a du mal à chroniquer à chaud, qu’il faut laisser reposer après, si l’on peut dire, usage. Des œuvres importantes dont on se doute bien qu’elle vont faire date. L’Étreinte fait partie des ces raretés où l’on est face à une évidence, celle du talent imparable de ses auteurs. Et si en plus on a pour eux amitié et attachement, on comprend que les mots se doivent d’être choisis, apporter avec concision l’impact d’une lecture à la fois plaisir et émotion. Jim et Laurent Bonneau sont les coupables de cette épreuve au demeurant fort agréable. Une photo prise au hasard et une obsession amoureuse, une quête sur le fil qui ne demande qu’à casser, plus qu’un exercice de style, le duo signe un OVNI unique et sensuel, mystérieux et poignant.

L’Étreinte

Une plage, une femme en maillot noir une pièce, visage caché, Benjamin a pris la photo à l’instinct, pour essayer de capter le moment de vie parfait. Romy conduit la voiture qui va en une fraction de seconde s’écraser, se disloquer dans un accident tragique. Clinique, coma, Romy est loin sur son lit, perdue, au loin avec autour d’elle ceux qui l’aiment. Benjamin se rapproche d’une femme dont le mari lutte contre le cancer. Il se souvient des débuts de sa liaison et se plonge dans son art, ses sculptures qu’il va bientôt exposer à Paris. Romy survit mais vit-elle encore ? Dans la carcasse de la voiture, Benjamin retrouve son téléphone où le visage de Romy et la fille de la plage se font face. Dès lors, tout est dit alors que rien ne va plus mal pour Romy toujours inconsciente. Mais qui peut-être la fille de la plage que Benjamin imagine se dénuder devant lui ? Il va tout faire pour le savoir.

L’Étreinte

Question peut-être de génération mais l’accident de L’Étreinte a de suite évoqué celui des Choses de la vie, summum romantique  avec Love Story du cinéma de 1970, Piccoli, Romy Schneider, le tonneau, le ralenti. Dans le mille car l’allusion est confirmé plus loin dans les pages. Et le prénom de l’héroïne aussi. Laurent Bonneau découpe en plans cadre, en portraits, zooms, paysages aux teintes sable, chemise rouge de Benjamin. La progression, les fausses pistes, les espoirs, les craintes, les envies, les déceptions, les illusions, le roman se bâtit peu à peu. Jim a écrit et Bonneau a mis en teintes, dessins cette recherche de la vie alors que la mort rode et où une femme va devenir un fantôme. Un clin d’œil peut-être à Dali, à cœur ouvert, la rédemption et la vie qui continue. Un grand moment à la fois poétique, graphique et narratif.

L’Étreinte, Grand Angle, 29,90 €

L’Étreinte