Le tome 2 de Zoé Carrington, c’est une suite et fin de l’histoire d’un trio amoureux auquel la mort toujours présente va venir apporter sa touche infernale. Comme on l’a avait dit, Jim a bien monté son scénario sur deux tomes. Le premier a mis tout en place, personnages, passé, présent, envies, amour, chagrin. Une mise en scène au découpage très cinématographique car Zoé c’était au départ un film, des pages fortes et un suspense très affiné. Zoé c’est un peu un amour qu’on a eu ou qu’ou aurait aimé avoir. Sans oublier le dessin de Jim à la fois si intimement sensuel et réaliste, subtil et émouvant. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC
Autant à y être parler de Zoé avec son créateur. Jim a mine de rien donné vie à ses Roméo et Juliette dans cette histoire d’amour à trois dont un fantôme, une comédie de moeurs dramatique. « Je me suis offert le luxe d’avoir une fin négative et une fin positive. J’aimais bien que ce soit dur mais qu’il y ait de l’espoir ». Alors évidemment on pense à une partie autobiographique mais là c’est « non, absolument pas. J’ai fait en tout trois récits autours des ex mais ce n’est pas quelque chose qui me hante. A l’époque où j’écrivais sur le sujet, j’évoquais des hypothèses différentes car je voyais le potentiel. Il y a le rapport au passé. Mais oui, on écrit toutefois en vivant les choses, en intégrant les personnages ». Reste à savoir comment Zoé, l’Angleterre, sont sortis de l’esprit créatif de Jim. « Ce n’est pas Zoé qui était en tête. Non plutôt Simon pour le casting. J’aimais bien l’idée de quelqu’un qui se sait numéro deux. Sur tous les plans. C’était touchant, c’est la revanche de celui qui est en mauvaise position. Son acharnement est beau. Et il est face à un adversaire imbattable. J’ai aimé explorer ce genre de situations comme aussi est-ce qu’on peut pousser quelqu’un à nous aimer. Ce n’est pas raisonné comme sentiment. Cela ne marche pas ».
Effectivement, on va le voir au fil des pages, Simon amoureux éternel et transi ne se bat pas à armes égales. Jim le confirme: « Zoé lui donne un faux espoir. Il n’est pas loin de pouvoir y arriver mais Léo est trop fort, son souvenir, sa force est imparable. Je n’aime pas faire des histoires sur les gens qui réussissent mais sur ceux qui ratent et veulent s’en sortir ». On peut ajouter que Zoé est un brin manipulatrice car on pourrait penser qu’elle se raccroche aux branches provisoirement avec Simon, survie. Et pour Jim, y a-t-il une part de nostalgie d’une époque, d’un monde ? On est dans un contexte assez pur. Même si le passé de Léo est compliqué. « On me dit souvent que je suis un auteur nostalgique mais je n’ai pas l’impression. La vie est cruelle on vous enlève tout petit à petit pour finir sous un couvercle. C’est le sentiment que les choses ne durent pas. Mes personnages le ressentent ». Quand on crée une œuvre comme Zoé Carrington, dès le départ on sait où on va ? « Oui jusqu’au quinze dernières pages du tome 2. C’était au départ un projet de film avec un scénario écrit mais plus orienté par les producteurs sur un happy-end. J’étais empêtré avec ça. Il a fallu que je teste le récit en me débarrassant de cette option. C’est un romantisme finalement assez morbide ».
On revient donc à Roméo et Juliette, au côté shakespearien. La mort peut être au bout de la route par amour. « En BD ce qui est formidable par rapport au cinéma c’est la liberté. On est seul, sans pression. Mon éditeur aimait le projet tel qu’il est là ». Un projet qu’on sent construit avec méthode. « J’écris une version complète dialoguée où il y a tout. Je découpe et souvent je modifie jusqu’à la fin. J’ai un storyboard. Pour cet album j’ai été très ordonné. Je savais où j’allais et cela m’a évité des dérapages que j’ai souvent eu pour d’autres titres, qui m’obligeait à ajouter des pages ». Autre dilemme pour Jim c’est qu’on le pense enfermé dans un genre, amour et fantaisie : « Non mais je comprends que de l’extérieur on puisse le penser. J’ai fait plein de choses différentes. Il y a une branche effectivement que je creuse avec des albums comme Une Nuit à Rome ou Zoé Carrington. Cela me définit. Mais j’ai aussi fait des bouquins comme le Petit socialiste ». On se dit aussi que Jim pourrait signer un polar. Il a le bon rythme, un sens naturel du suspense, des personnages. « J’ai un sujet de polar que j’ai proposé à Laurent Bonneau mais qui l’a trouvé trop noir donc on va repartir sur un nouvel album dans l’esprit de l’Étreinte. Un gros pavé sur le rapport au père. Il y a des projets qui trouvent leurs voies et d’autres non. Pour un polar sombre c’est de côté pour le moment ».
Jim a le double visage du scénariste et du dessinateur. Dans Zoé il a les deux hormis pour les décors. Il aime le roman aussi. Quelle préférence ? « A choisir le scénario. Pas le dessin. Je suis un scénariste qui dessine. Je fais de l’illustration aussi mais ma vocation, ma force c’est le scénario, les mécaniques, les sentiments. Il y a besoin bien sûr du dessin pour raconter » . Sans vraiment dévoiler l’intrigue, on peut se demander si la fin n’est-elle pas accidentelle: » Non. On se dit que cinq minutes avant par contre elle aurait pu changer d’avis. C’est là où ça rejoint une idée très romantique de l’amour éternel ». Un stressé Jim ? » Pas vraiment, il y a des phases plus fatigantes que d’autres. Quand on a fait un film, oui on stresse. En BD un peu quand même mais en plus doux. Par contre quand je sors une BD je regarde avis, critiques, forums. Quand Zoé a paru je savais que certains pourraient ressentir une certaine parenté avec Une Nuit à Rome. Des gens l’on dit et je comprenais, il y a quelque chose dans le démarrage qui est une racine commune, écrit au même moment… Mais je savais où j’allais avec tome 2, et en dédicace, maintenant que le tome 2 est là, on évoque désormais quelque chose de bien différent. Si le premier tome j’avais la tête également dans mon film, pour le second tome j’étais bien dedans et je crois que ça se sent. Ce qui compte c’est d’essayer d’être satisfait, cohérent avec le projet de départ. Je fais relire en amont. Je peaufine à la fin. Le titre était un Week-end à Londres pour le film mais ce ne collait pas pour une BD après Une Nuit à Rome ».
Et après Zoé ? : « Le projet avec Bonneau. Je prépare aussi un livre sur 60 ans déjà comme j’ai fait le Chant du cygne. Des gags et je m’éclate, je me défoule. Ce sera chez Anspach. Je vais faire sans doute un livre perso avec beaucoup de pages, Maman est tombé, quand les parents se déglinguent. Je note des idées et je vais partir de façon très libre. Je bosse sur mon prochain film également, Insolente qu’on sort en album chez Delcourt avec Torregrossa. Il y aura aussi en fin d’année au Lombard Un noël à Paris, une vraie comédie de Noël avec Giuseppe Lotti au dessin. J’ai une actualité très chargée et j’en suis heureux ».
Zoé Carrington T2, Grand Angle, 88 pages, 18,90 €
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