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L’École buissonnière, résister à tout prix

C’est un album posthume car Patrice Ordas qui l’a écrit, scénariste entre autres du remarquable Ambulance 13, nous a quitté brutalement il y a un an. Homme de grande culture historique, très humain et d’un abord direct, amical, on l’avait rencontré il y a quelques années à Montpellier. Patrice Ordas, dans L’École buissonnière, s’est largement inspiré de la vie de son père, jeune résistant dont l’engagement, on le verra au fil des pages a pu être comme pour d’autres, la conséquence d’un quiproquo ou d’un concours de circonstances. Ce qui ne les empêcha pas de se battre, être blessés, tués ou déportés. Sans pour autant toujours avoir droit à une vrai reconnaissance de leur pays qui a parfois préféré les libérateurs de la dernière heure, la puissance d’un parti politique à sens unique et à garder en place, question d’unité nationale, les collabos de la veille. Avec Ordas, on retrouve le trait de Alain Mounier parfait, puissant, émouvant, humain ce qui était indispensable pour un tel récit qui remet les pendules à l’heure en ces jours compliqués mais sans commune mesure avec ceux qu’ont vécu nos parents à l’âge de passer leur bac comme dans l’album.

Jacques en décembre 1943 est contrôlé à Paris. Dans son cartable, un livre d’anglais le fait inscrire par la Police sur une liste de personnes à surveiller. Avec lui il y a Jean qui veut partir de Paris mais son père est un ancien combattant de 14 qui le refuse. François, son autre copain, a un château en Corrèze et son père travaille à Vichy. Enfin, il y a celle pour laquelle ils ont tous un sentiment profond, Colette, la cousine de François, qui veut s’engager dans la Résistance. Les quatre amis vont commettre l’irréparable en poussant dans un lac un soldat allemand trop entreprenant à l’égard de Colette. Dès lors il faut qu’ils s’enfuient de Paris et essayent de gagner la Corrèze, passer les contrôles de la police française ou allemande, ruser en permanence. De plus Jacques, bien catholique a eu une grand-mère juive.

Voilà le point de départ de cette aventure qui est plus que plausible, avec le maquis, des femmes et des hommes rassemblés pour se battre soit par idéal, soit par hasard, pour fuir le STO. Ce qui ne fera aucune différence pour la Milice ou les SS. Ils avaient 20 ans en moyenne. L’écriture d’Ordas, quand on connait le sujet, est sans faute même si évidemment il fallait une part romanesque et le Bac futur, sorte de talisman à décrocher quand la paix sera là. On suit sans temps mort ces destins qui ont eu le courage d’aller au bout de leurs convictions. La vie au maquis est restituée, l’apprentissage des combats et de la mort est puissant. Le dessin de Mounier précis, comme dans Ambulance 13, fait au total de L’École buissonnière, testament de Patrice Ordas, un acte de mémoire émouvant et d’une absolue sincérité.

L’École buissonnière, Grand Angle, 14,90 €

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