Interview : Vincent Dugomier des Enfants de la Résistance à ceux des Omniscients

Avec Les Enfants de la Résistance dessinés par Benoît Ers (Le Lombard), Vincent Dugomier a scénarisé une série historiquement et humainement parfaite. Parler de la seconde guerre mondiale en France, dans un village occupé à travers le destin d’enfants qui affrontent l’occupant allemand n’était pas évident. Cette fois, toujours avec de jeunes héros, il a écrit les Omniscients. Le savoir absolu, c’est le don que, d’un seul coup, les héros de cette nouvelle série vont recevoir. Pourquoi et que vont-ils en faire ? Vincent Dugomier en a parlé avec ligneclaire.info et annoncé aussi une autre sortie prochaine, un thriller avec Clarke au dessin. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC

Vincent Dugomier
Vincent Dugomier dans une salle de classe des années 40 reconstituée. JLT ®

Vincent Dugomier, après Les Enfants de la Résistance, série qui continue, vous en signez une autre, Les Omniscients au contenu un peu fantastique ? A la base il y a un pitch de Desberg

Les Omniscients Oui, Le Lombard m’a donné ce synopsis de Desberg qui était « que se passerait-il si cinq adolescents recevaient le savoir absolu ». C’est tout, le reste est de moi. Au départ, j’étais un peu intrigué car c’était la première fois qu’on me proposait de travailler sur le pitch d’un autre. Mais l’idée me plaisait. J’ai développé le projet, le pourquoi, le comment. J’ai inventé toute la mythologie de l’histoire qui a plu à l’éditeur.

Et pour le dessin ?

On a recruté une dessinatrice, Renata Castellani, dont c’est le premier album. Elle m’avait été recommandée par un dessinateur ami qui m’avait dit qu’elle cherchait un projet franco-belge, que son style était un peu Disney, manga, comics. Du coup, tout s’est mis en place très vite.

Vous aviez écrit le scénario complet des Omniscients ?

Pas du tout. J’avais développé le contexte général et bouclé le premier quart de l’album. Je m’étais arrêté pour mieux connaître la personnalité du dessinateur pour continuer. C’est important pour moi d’être en phase avec le dessinateur, pour mieux affiner mon découpage.

Les Omniscients

Mais vous ne connaissiez pas Renata Castellani personnellement ?

Non, et toujours pas car on a travaillé par internet. On a été de suite sur la même longueur d’onde.

Quand on lit les Omniscients, on peut y trouver un lien avec votre autre série. Trois gamins dans Les Enfants de la Résistance, cinq dans Les Omniscients soumis à des pressions diverses. C’est un peu votre univers ?

C’est clair que j’aime bien, depuis mes débuts, des histoires de petits débrouillards face à des puissants arrogants. J’aime bien la camaraderie, ces enfants qui sont très unis. Je les voulais comme ça. Ils sont en plus aimantés par leur don, ils se retrouvent instinctivement et ça a un rôle important dans la suite de l’histoire. Ils seront aussi en désaccord mais c’est normal.

Votre intrigue est étonnante car où allez-vous les amener ? Ils se mettent à jour en permanence comme des ordinateurs. Ils sont face à des gentils et à des méchants.

Tout à fait. Il y aura trois albums. Je peux terminer l’histoire en trois mais avec une porte ouverte. Cependant chaque album sera une histoire auto conclusive. Même s’il y a une suite, on résout une intrigue à chaque fois.

Les Omniscients

Le savoir absolu, cela vous fait rêver, cela vous fait peur ?

Le lien, le plus que moi j’y ai vu c’est la conservation du patrimoine. Cela me parle. Ils vont s’intéresser au passé, un peu comme des archéologues.

Quel est le risque pour eux ?

Plus que des aventures et des rebondissements, ce qui m’intéressait c’était leur ressenti, leurs émotions. Comment ils vivent avec ça. Un plaisir, un fardeau ? Pour Albert le plus jeune, c’est génial. Jessica, la jeune fille qui rejoint à la fin le groupe et qui a toujours été rabaissée dans sa famille, elle ne l’accepte pas. Ce n’est pas normal. Tous vont avoir une vision différente de leur don. Et ce sont eux qui racontent ce qui leur arrive.

Les Omniscients

Et le bon docteur Schweitzer qui va les aider ?

C’est plus pour les parents ce clin d’œil. « Il est minuit docteur Schweitzer », il y a une allusion au célèbre personnage.

Il y a un petit côté Club des cinq, solidarité, intrigue, astuces, comme on le voit avec l’utilisation des angles morts des caméras de surveillance. Où allez-vous chercher toutes vos idées ?

Ma chance est d’écrire lentement. Je fais peu d’albums et j’ai beaucoup d’idées en réserve. Donc, je les ressors et l’idée des angles morts qui est une péripétie du tome 1, je l’avais depuis des années en tête sans savoir comment la placer.

Vous stockez vos idées et vous allez puiser dedans ?

C’est ça sans pour autant toujours les noter. Il faut surprendre le lecteur.

Les Omniscients

Les méchants veulent se servir d’eux, de leur savoir universel, mais comment ? Quel type d’arme pourrait-il devenir ?

Il ne faut pas trop en dire. Mais pour l’espionnage, par exemple, ce serait un moyen intéressant parce qu’ils ont la connaissance publique de tout le monde. Jessica peut aller au plus fin d’une personnalité, tout savoir d’elle. Il y a aussi un des héros qui peut remonter dans le temps. Donc ils offrent des opportunités considérables.

Qui a trouvé le titre ?

Il n’y en avait pas à la base. Cela n’a pas été simple. On a choisi parmi une liste que l’on avait élaborée.

C’est une histoire Jeunesse où l’esprit s’impose aux muscles ?

Oui. Malins, futés, il y a de l’action mais c’est avec leur intelligence plus qu’avec leurs biceps qu’ils vont s’en sortir.

Pourquoi aussi avoir choisi New York comme cadre ?

C’est l’éditeur qui l’a souhaité et je trouvais que c’était bien. Mes séries précédentes, étaient dans des villes imaginaires, imprécises. Changer d’univers m’a obligé à réfléchir à la ville, pas à une ville générique.

Leur pouvoir, le savoir absolu

Cela vous a demandé des recherches, une doc ?

Ce n’est qu’une évocation New York. Je n’y suis jamais allé. Ce n’est pas compliqué comme doc. J’ai noté des points curieux dans la ville qui me resserviront peut-être. Mais pour reposer la dessinatrice qui a signé 58 pages urbaines, j’ai placé le tome 2 à la campagne. Le docteur Schweitzer qui est très positif va les mettre au vert pour qu’ils se connaissent mieux.

Comment travaille Renata Castellani ?

Elle mélange ordi et traditionnel semble-t-il. Avec un dessin très pointilleux. Elle a une marge de progression très importante. Elle n’a que 28 ans et on voit avec les planches du tome 2 que son talent s’affirme de plus en plus.

La sortie des Omniscients est décalée en fonction de la situation actuelle ?

Normalement c’était le 24 avril. Tous les éditeurs naviguent à vue. Si ce n’est pas début juin ce sera septembre. Le second dans un an. 20 pages sont faites.

C’est une BD optimiste. Ils vont prendre la main sur leur propre destin ?

Dans le tome 2 on parle d’un virus mais informatique.

Les Enfants de la Résistance Vincent Dugomier, on revient aux Enfants de la Résistance, au tome 6 qui est sorti. Combien d’albums au total ? C’est une série qui a un large succès. On arrive à 1944 ?

Il y a de plus en plus à raconter en 1943 et 1944. On avance au rythme qu’on veut pour les albums. L’éditeur nous fait confiance. Mais on restera sur 1943 pour le prochain album, le 7. Une année très compliquée pour la Résistance et essentielle avec la création du CNR, le Conseil National de la Résistance, Jean Moulin. Ce sont sujets intéressants tout en sachant que nos personnages ne peuvent pas être très au courant de tout ça.

Comment arrivez-vous à glisser ces informations dans le scénario ?

J’ai travaillé sur des documents qui montrent comment la population française a appris la création du CNR. C’est passionnant. On s’aperçoit qu’il y a toute tendance confondue une union derrière De Gaulle, communistes compris car ils se méfient tous du rôle du général Giraud pour le supplanter, trop proche de Pétain mais bien vu des Américains à Alger.

Les Enfants de la Résistance Et quoi d’autre dans le scénario du 7 ?

Sans divulguer l’intrigue, disons qu’on se souvient que des aviateurs alliés dont les avions ont été abattus en France occupée vont être cachés, aidés par la Résistance pour revenir en Angleterre. C’est un gros sujet.

La Milice de Pétain, formation politique française, fasciste et para-militaire, leur a donné la chasse.

Pour la Milice, j’utilise des subterfuges car elle n’est pas active en zone Nord en 1943. Elle ne le sera qu’en 1944 pour la zone occupée. Dans l’esprit des gens la Milice est partout. C’est une erreur que l’on voit dans des films. Les Allemands vont s’en servir mais ils s’en méfiaient aussi. Ils ne sont pas armés au début. C’est important de replacer les choses dans leur chronologie. Une fois armée la Milice, en 44, va attaquer avec les Allemands les gros maquis comme le Vercors.

Donc on reste en 1943. Mais c’est une série qui doit aller au minimum jusqu’en 1945 ?

Oui, absolument. On a carte blanche avec l’éditeur et on peut choisir de clôturer la série quand on veut. On ne voudrait pas tirer à la ligne. De toute façon on ira bien sûr jusqu’en 1945. Même au moment du débarquement le village ne sera pas libérée de suite. Il y aura la libération, l’épuration, la reconstruction et la réconciliation. Il y a du travail et on est ensuite dans une période peu exploitée, les deux ans après la guerre. On racontera plus tard l’enfance de Lisa à Berlin avant 1939. C’est certain mais après la fin de la série actuelle. Les lecteurs sont très attachés à ce personnage et veulent connaître son enfance.

Les Enfants de la Résistance Ils vont grandir les trois héros ?

A la fin de la guerre, ils ont 17 ans environ. On a planté quelques graines dans les albums qui pourraient donner d’autres spin-off. Qu’on ferait nous. L’éditeur est partant.

Vous avez aussi des actions pédagogiques avec les écoles ?

En France mais aussi en Belgique. L’exposition qui a eu lieu à Bruxelles a duré deux mois. Elle était destinée aux écoles et elle a été prolongée vu le nombre de classes qui y sont venues. Je suis de plus en plus contacté par des écoles belges mais le temps me manque. On va essayer de créer un outil pédagogique. Mais c’est en France que c’est le plus important.

C’est une BD adaptable en série ou film ?

On avait été approché mais avec Benoît Ers, on n’est pas très chaud. On a envie d’aller à la fin. Les Enfants de la Résistance m’ont pris beaucoup de temps. Ce n’est que maintenant que je démarre les Omniscients mais également une nouvelle série avec Clarke. C’est en cours, une série plus noire dans la lignée des Démons d’Alexia. Un thriller psychologique avec des ambiances comme Clarke avait signé dans Réalités obliques. En couleur et dans un format classique.

Beau programme.

Oui. Avec Clarke cela devrait être dans un an aussi, comme Omniscients et Les Enfants de la Résistance. Mais impossible de vraiment prévoir en ce moment. Difficile à gérer pour tout le monde, imprimeur, éditeur, promotion, libraires, auteurs.

Les Omniscients