Le Procès Colonna et Murs…Murs, Tignous honnête et courageux

Il y a presque un an que Tignous a été assassiné pendant l’attaque terroriste à Charlie Hebdo. Et il n’y a que quelques jours que 130 innocents ont été abattus à Paris par une poignée de lâches et d’imbéciles au nom d’un dieu à qui ils font dire n’importe quoi et pour lequel ils font aussi n’importe quoi. Il en aurait eu mal à l’âme Tignous. Tignous était journaliste, dessinateur de presse, volontaire, profondément humain, amoureux de la vie à tout prix. Deux de ses albums viennent de sortir aux éditions Glénat. Le premier paru en 2008 chez 12Bis  est le compte-rendu que Tignous a signé avec Dominique Paganelli du procès d’Yvan Colonna. Le second est dans un registre proche. Dans Murs…Murs, Tignous part en prison à la rencontre du quotidien de l’univers carcéral, femmes, hommes, gardiens.

Le Procès ColonnaC’est grâce au procès Colonna que Tignous est devenu dessinateur de presse judiciaire. Tout commence avec l’assassinat du préfet Érignac en 1998 à Ajaccio qui sera un choc pour l’opinion publique. Les membres du commando sont arrêtés et mettent en cause Yvan Colonna qui part en cavale. Elle va durer quatre ans avant que Colonna ne soit interpellé par le RAID en Corse du Sud. En 2007 s’ouvre le procès. De rétractations en nouvelles déclarations, Colonna crie son innocence. Ce qui n’empêchera pas qu’il soit condamné à la perpétuité. A la lecture du récit de Paganelli illustré par Tignous on sent bien qu’il y a comme un doute sur la culpabilité de Colonna. Encore que. Lui sait et ses copains aussi mais on se tait en Corse dans ces cas là. Le crayon de Tignous virevolte, se pose sur un visage, met en exergue une déclaration de la défense ou de l’accusation. La mort de Claude Érignac est un crime impardonnable. Qu’ensuite l’instruction se soit laissé aller sur souhaits du pouvoir politique, pourquoi mais pas le procès en tout point équitable. Un vrai récit d’audience que Tignous a rendu palpable et vivant.

 Murs... mursDans Murs… murs, Tignous fait cavalier seul. La préface est de Christiane Taubira. Comme elle dit avec beaucoup de tendresse non feinte, Tignous de croqueur judiciaire se devait de finir en prison. Alors il y est allé Tignous pour voir, rencontrer, comprendre et témoigner. Il l’a fait en toute liberté même si le mot semble incongru. De Lannemezan à Rennes, hommes ou femmes condamnés, surveillants qui en ont gros sur le coeur et savent parfaitement tout ce qui se passe autour d’eux, médecins, Tignous ne laisse rien dans l’ombre. Il verra les mineurs à Porcheville, dessine des lieux où il ne fait pas vraiment bon vivre. On termine par Fleury-Mérogis. Un reportage dessiné qui ne peut laisser indifférent, complexe, pesant mais objectif.

Non seulement Tignous était un bon dessinateur mais en prime il était un bon journaliste. Depuis le procès Colonna il s’était pris de passion pour la Justice et son environnement austère et qui répond à des règles déroutantes pour le commun des mortels. Comme il aimait les défis et la liberté, l’indépendance et la vérité, rien d’étonnant qu’il ait voulu rendre compte. L’accompagner dans ses deux ouvrages est un honneur et une leçon sans prétention, celle d’un homme droit, honnête et courageux.

Le Procès Colonna, Glénat, 19,50 €
Murs… murs, Glénat, 25 €

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