Je suis Charlie : le Festival d’Angoulême crée le Prix de la liberté d’expression

Le Festival d’Angoulême a immédiatement réagi après l’horreur de ces derniers jours. Un hommage, bien sûr, devait être rendu par le Festival qui ouvre ses portes à la fin du mois. Mais lequel ? Attribuer le grand Prix 2015 à Charlie, créer un Prix ? Difficile effectivement de faire un choix. Attribuer le  Grand Prix 2015 aurait été un acte éphémère à long terme. C’est vrai, et le Festival l’a compris, qu’il fallait avant tout tabler sur la durée, sur le devoir de mémoire pour le futur. Il y aura désormais, à Angoulême, le Prix de la liberté d’expression. Les modalités d’attribution ne sont pas encore connues. Voici le texte intégral du communiqué publié par le Festival d’Angoulême :

Je suis CharlieLe Festival d’Angoulême a fait un choix : celui d’inscrire la disparition dont les auteurs de Charlie Hebdo et ceux qui se trouvaient à leurs côtés ont été victimes dans une action qui puisse avoir une résonance dans l’avenir. Pour cette raison, et parce que certains responsables de Charlie Hebdo ont eux mêmes évoqué le fait qu’il est essentiel de ne pas se laisser déborder par l’émotion, le choix a été fait de créer un «Prix de la liberté d’expression», Prix auquel le Festival espère pouvoir associer le nom de Charlie mais, cela ne sera fait que si ceux qui en détiennent, seuls, la légitimité en sont d’accord.

C’est pourquoi, même si attribuer le Grand Prix du Festival d’Angoulême à Charlie Hebdo a été un premier réflexe, il est apparu que cette idée n’était pas forcément la meilleure. Justement, parce que cette attribution n’ouvrait pas vers le futur. A cet égard, le lancement de ce Prix lors de l’édition 2015 du Festival lui assurera immédiatement le rayonnement qui correspond à l’ambition que le premier événement
consacré au dessin en France et en Europe, se doit d’avoir le concernant. Ce choix a aussi une autre logique (qui apparaît, justement, devoir prévaloir sur l’émotion) : celle qui consiste à refuser que des auteur(e)s de bande dessinée, comptant parmi les plus importants au monde, ne soient pas primés cette année, en raison du fait que des assassins ont tenté de répandre la terreur dans notre pays. Près de deux mille
auteur(e)s ont déjà voté pour certain(e)s de leurs con-frères/sœurs. Le Festival considère ce vote comme un geste démocratique. Il ne souhaite pas l’annuler mais au contraire le mener à son terme.

Par ailleurs, ce même vote a une portée internationale qui prend encore davantage de sens en raison des événements tragiques que nous vivons : il est en effet le symbole du respect des cultures et des échanges culturels entre les créateurs du 9e Art et entre les peuples qui sont les lecteurs de leurs œuvres. C’est pourquoi le Festival invite le collège des auteur(e)s à poursuivre leur participation à cette élection du Grand Prix 2015 en considérant, pour sa part, que leur geste aura valeur d’acte de résistance. Le Festival met également tout en œuvre, aux cotés de tous les acteurs et actrices de l’univers de la bande dessinée qui le souhaitent – et ils et elles sont nombreu(ses) – , pour que son édition prochaine soit, au regard de l’actualité tragique que nous venons de vivre, un temps de mémoire, de réflexion partagée, de résistance et de solidarité. Il travaille par conséquent sans relâche afin que d’autres actions portent l’esprit Charlie à partir du 29 janvier et au delà.

Prix de la liberté d'expression du Festival d'Angoulême
Voici l’excellent dessin signé par le Montpelliérain Aurel à l’annonce du Prix Liberté d’expression qu’attribuera désormais le Festival d’Angoulême. Aurel ©