Algérie, une guerre française, le début de la fin

Des Mystères de la République à Mitterrand ou aux Guerriers de dieu, Philippe Richelle est l’un des meilleurs et plus fiables scénaristes d’albums historiques. Cela faisait déjà longtemps qu’il voulait se consacrer à la guerre d’Algérie, cette tragédie bien française qui, près de 70 ans après sa fin, n’a rien perdu de sa force évocatrice, cicatrice toujours mal refermée au sein même des deux nations qui l’ont vécue. Algérie, une guerre française reprend le parcours détaillé de cette épreuve terrible qu’il fait vraiment commencer pendant la seconde guerre mondiale et qui ira jusqu’aux accords d’Évian en 1962. Il n’est pas le premier, de Ferrandez à Lax ou Deloupy. Richelle est allé au plus près des femmes et des hommes, longtemps unis ou aveugles, amis puis ennemis, qui en seront les héros anonymes. Pieds-noirs, gros colons, militaires, politiques, il faut être imprenable quand on parle des « évènements ». Richelle l’est absolument avec un dosage intelligent et cadré des sentiments, des valeurs, des faits, des erreurs des uns et des autres. La liberté d’un peuple est inévitable. Tôt ou tard, l’Algérie n’aurait pas échappé à cette évidence.

Algérie, une guerre françaiseOctobre 1954, à Alger, les Fils de la Toussaint, six Algériens préparent ce qui va marquer le début véritable de ce que l’on n’osera pas appeler avant longtemps la guerre d’Algérie. Personne ne s’en doute. Dix ans plus tôt la France est occupée. La famille d’un résistant s’enfuie. Seul le fils, Paul, arrive à rejoindre l’Algérie. En Italie, en 1944, la 3e Division d’infanterie algérienne de l’armée française, composée de Pieds-noirs et d’Algériens arabes se battent côte à côte. En Algérie, André, fils d’un riche colon est devenu ami de Paul. A l’école ils ont un instituteur bienveillant venu de métropole avec sa fille. Il a vite compris que les inégalités sociales et racistes rongent le pays. Mo, un jeune arabe, est le frère de Slimane qui se bat en Europe dans la DIA. Au domaine, un contre-maître violent et raciste se permet tout. André, Paul, Mo, Loulou sont copains et déjà les filles les attirent. Paul quitte l’Algérie avec son père venu le chercher. La guerre est finie. Pourtant à Sétif, le 8 mai 1945, une manifestation du parti du peuple algérien pour l’indépendance tourne au massacre. 15 000 musulmans sont tués par l’armée française en représailles. On cherche désormais les indépendantistes et leurs soutiens à travers le pays.

Algérie, une guerre françaiseLa Toussaint rouge est bien amenée. L’expérience du combat en Europe pour beaucoup de futurs membres de l’ALN, le blocage total des gros colons qui n’acceptent aucun progrès social et démocratique pour ceux qu’ils exploitent, bientôt l’armée qui revient battue d’Indochine et qui ne veut pas recommencer en Algérie, tous les éléments sont là pour que la tragédie commence. Sur une documentation éprouvée, Richelle a mis en place ses personnages, tisse un filet parfait, lie les fils entre eux. On n’est pas vraiment surpris par son récit car il est vrai. Richelle ne fait pas dans le sensationnel mais le vécu. Buscaglia a déjà travaillé avec Richelle. On lui reprochera des détails mineurs dont les uniformes paras fin des années 50 de ses soldats pour le massacre de Sétif. En 1945, ils étaient de retour de France et équipés à l’américaine, pas à la Bigeard. A moins que ce soit une anticipation. Peu de chose car le dessin est ligne claire, précis, efficace et prenant. On suit avec un intérêt certain ces pages qui font acte de mémoire, montrent sans juger. Un travail parfait pour cette série.

Algérie, Une guerre française, Tome 1, Derniers beaux jours, Glénat, 15,50 €

Derniers beaux jours

Un commentaire

  1. Le tatillon de service

    D’autres erreurs d’uniformologie peuvent contrarier – marginalement – le maniaque de l’exactitude historique, sans oublier que :
    – la Renault 4 CV et la Peugeot 203 n’existaient pas en 1945
    – la Jeep M38A1 n’a jamais été en service dans l’armée française.
    Pour le reste, il faut admettre les libertés scénaristiques, qui ne gâchent pas le plaisir de la lecture.

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