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Nellie Bly, voyage volontaire vers la folie

On a lu il y a peu de temps et chroniqué, une première BD sur celle que l’on peut considérer comme une pionnière parmi les femmes journalistes. Nellie Bly était américaine et dans un milieu machiste par excellente, elle a prouvé avec une ténacité, un courage remarquable qu’elle était une vraie professionnelle capable des enquêtes les plus poussées, inédites et dangereuses. Nellie Bly, pour dénoncer les conditions de vie dans les asiles de celles que l’on appelle les folles, se fait interner, simule et vit une expérience terrifiante. Son reportage sera un scoop aux conséquences retentissantes et judiciaires. Celui qui avait accepté son reportage n’était autre que Pulitzer. Virginie Ollagnier et Carole Maurel au dessin toujours aussi évocateur ont poussé leur soucis de l’authentique, de l’objectivité au plus haut dans cet album qui se lit comme on regarde un film de belle facture.

1887, New York, Nellie Bly sous un faux nom commence son reportage. Il faut qu’elle se fasse interner mais doit convaincre son entourage de sa folie présumée. Sa logeuses va l’aider car Nellie en ajoute une belle couche mais en finesse. Devenue Nellie Brown elle se souvient de son enfance, de son père, de la méchanceté de son entourage à sa mort. La police vient rencontrer Nellie chez sa logeuse qui l’a dénoncée. On va la juger et l’envoyer à l’asile de Blackwell. Juge, médecin, public la croit folle. Ce sera le premier stade et elle rencontre d’autres pensionnaires tout en commençant à prendre des notes alors qu’elle continue à se souvenir de sa jeunesse et de comment elle en est arrivée à vouloir devenir journaliste.

Ce qui est impressionnant est bien sûr la volonté sans faille de Nellie mais aussi ce qu’elle endure avec ses sœurs de misère. Les médecins, hormis un, sont des abrutis sans pitié, les infirmières des tortionnaires et les conditions de vie pitoyables. Les deux auteures arrivent avec une force douloureuse à recréer l’environnement authentique de Nellie. On est dans un monde monstrueux qui avait ses équivalents ailleurs, Europe comprise. Détournements de fonds, abus en tous genre, elle a pris des risques énormes, anonyme et possible victime. On plaçait même les femmes qui pouvaient gêner, maîtresses ou épouses, dans des quartiers disciplinaires. Nellie Bly avait déjà à son palmarès des articles retentissants mais cela n’avait pas suffit à convaincre ses futurs patrons. Tout y est dans cet ouvrage au ton sans mélo, vrai et d’une rare émotion. On est pris par certes le personnage, par le ton du récit et aussi par le dessin de Carole Maurel, ses très belles couleurs, que l’on avait rencontré pour Collaboration Horizontale. Un album important et témoin nécessaire sans concession.

Nellie Bly, Dans l’antre de la folie, Glénat, 22 €

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