Elle aura été l’une des premières journalistes infiltrées et à une époque où les femmes étaient une poignée dans la Presse. Nellie Bly a volontairement simulé la folie pour pouvoir faire un reportage vécu dans un asile. On est à la fin du XIXe siècle à New-York et autant dire que passer pour fou en ces temps-là était une dangereuse étiquette irréversible qui exposait à la totale discrétion d’instituts incompétents, violents, où la médecine était balbutiante sur le sujet. Nellie Bly était une pionnière courageuse, équilibrée mais que son expérience d’enfermement va confronter à une réalité terrifiante. Un Vol au dessus d’un nid de coucou pour la bonne cause qui a failli mal tourner. Nicolas Jarry au scénario et Guillaume Tavernier au dessin se sont glissés dans ses pas, discrets mais témoins objectifs pour un album coup de poing.
Mademoiselle Bly semble bien tourmentée. Au point que ses discours angoissés vont rapidement la faire passer pour dérangée. Pourtant Nellie Bly, 23 ans, est journaliste d’investigation, une empêcheuse que les hommes tournent en rond, dénonçant le travail abusif, les conditions sous-évaluées des femmes. Elle se fera embaucher comme ouvrière mais les journaux, faits par des hommes, rechignent à la publier. Pour avoir un poste de reporter au New York World, elle promet un reportage exclusif dans un asile où elle se ferait anonymement interner. Devenue Nellie Brown, elle est considérée comme démente et très vite la triste réalité de l’asile, celui de Blackwell’s Island va lui faire endurer le pire.
Le récit a la force des grands témoignages. On gravit peu à peu des échelons de plus en plus proche de la mort psychique. Un environnement de tortionnaires et d’incompétents, de médecins sans âme et d’infirmières terribles. La folie permet tout, excuse tout ce que l’on fait au présumé malade. Nellie Bly a le courage extraordinaire de tenir bon, sans aide extérieure. Certes c’est Pulitzer qui lui a proposé un poste dans son journal et qui publiera ses révélations insoutenables. On est pris à la gorge par l’émotion qu’on transcrit les auteurs aussi bien graphiquement que scénaristiquement. La collection Pionnières est un bel hommage à toutes ces femmes qui se sont battues au nom de la vérité. Il y a eu de beaux noms dans la Presse. Nellie Bly réussit aussi à battre le record des 80 jours de Phileas Fogg, un autre défi qui est résumé dans le cahier en fin d’album.
Pionnières, Nellie Bly, Journaliste, Soleil Éditions, 15,50 €
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