Matz en avait parlé à Ligne Claire lors de la sortie de Tango avec Xavier : « J’ai une BD qui sort en janvier, Vies volées, chez Rue de Sèvres, sur les enfants disparus de la dictature en Argentine. C’est de la fiction basée sur la réalité ». Vies Volées vient de sortir avec Mayalen Goust (on se rappelle de l’excellent Kamarades) au dessin. On se souvient mal aujourd’hui des Mères de la place de Mai, ces femmes à qui la dictature argentine de 1976 à 1983 avait arraché leurs enfants, pour certains torturés, assassinés. Elles n’en avaient pas de nouvelles. Pire, les propres enfants des disparus, 500 environ, avaient été placés anonymement dans des familles fidèles au pouvoir en place. Avec ses deux héros, Mario et Santiago, Matz remonte la piste, démonte le système tout en y apportant une part de fiction romanesque. Elle ajoute à l’intensité émotionnelle et à l’espoir qu’il veut entretenir tout au long de son scénario. Il pose aussi les bonnes questions. Matz a ajouté une autre corde à son travail d’auteur même si on se refait pas car il a conservé une part de suspense pour corser le tout.
Santiago et Mario sont deux amis, à la vie à la mort en 1998 à Buenos Aires. Ils vont Place de Mai où continuent à manifester les mères et les grands-mères qui veulent savoir ce que la dictature argentine a fait de leurs enfants. Mario a un doute et il veut faire un test ADN pour savoir enfin si il est l’un de ces gamins enlevés. Santiago pense lui que les liens du sang sont secondaires, que les parents sont ceux qui élèvent l’enfant. Mais dans le cas de Mario, ce sont des parents assassinés et des enfants volés. Il décide d’aller à la clinique pour faire un prélèvement d’ADN. Pour les beaux yeux de l’infirmière, Santiago en fait un aussi. Mario tente d’en savoir plus de ses parents et surtout pourquoi il n’y a pas de photos d’enfants de lui à la maison. Enfin, autre problème, il faut récupérer des échantillons d’ADN de leurs parents sinon pas de résultats possibles. Et c’est là que tout va se jouer.
Comme mentionné plus haut, suspense oblige, on ne peut en dire plus. Matz a écrit une histoire profondément humaine et qui fait en quelque sorte acte de mémoire. Ce n’est pas simple de confronter ceux qu’on aime à leurs démons, de réécrire une vie avec des épisodes occultés, manquants ou niés. C’est en cela que le récit de Matz touche juste et en toute sincérité même si il fallait élargir le débat pour asseoir le récit. 125 enfants grâce aux Femmes de la Place de Mai, surnommées les folles par le régime, ont été retrouvés. Mayalen Goust a le dessin nuancé nécessaire pour un sujet aussi sensible et prenant.
Vies Volées, Buenos Aires, Place de mai, Rue de Sèvres, 15 €
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