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Une enquête du juge Ti, la belle courtisane empoisonnée

Il aura eu un destin mouvementé le juge Ti, chinois de son état qui aurait vécu au VIIe siècle, puis est devenu un héros de polar dès le XVIIIe. Ce n’est que dans les années 40 et 50, que ce bon juge, à l’instar du Saint, Charlie Chan ou autre Poirot s’embarque pour une vingtaine d’enquête avec un certain Van Gulik, diplomate hollandais et sinologue. Des Américains ajouteront deux titres à sa saga. Place à Frédéric Lenormand chez Fayard pour la suite dans la Chine des Tang et aujourd’hui son retour en BD. Une première version adaptée de Van Gulik avait paru dans Spirou en 1967. Au scénario c’est évidemment Frédéric Lenormand et au dessin, très léché et subtil pour bien s’adapter au personnage, à son époque, aux ambiances, c’est Frédéric Vervisch qui signe ce premier tome, L’Énigme du dragon d’or. Un monde à part, une civilisation tout en nuances mais aussi en violences tortueuses, implacables, le Juge Ti est un homme de pouvoir, de déduction et de justice définitive. De très bons débuts dans une enquête pour le moins savoureuse.

Le juge Ti est en poste avec ses trois épouses à Lan-Fang, pas vraiment une capitale mais « une fourmi se taillera plus facilement un royaume chez les puces que chez les éléphants ». Un philosophe Ti quand meurt empoisonnée une très belle prostituée haut de gamme pendant la Fête des fleurs. Un gâteau tentateur mais bourré de poison a raison de la jeune femme gourmande. Les épouses de Ti, présentes, le poussent à s’occuper de l’affaire qui paraît fort complexe. Peu de temps avant la courtisane avait reçu une somptueuse pièce de soie, un dragon d’or brodé, qui semblait bientôt lui promettre un mari. Qui alors a pu vouloir s’en débarrasser ? Un jaloux ? Ti, avec ses assistants aux multiples talents, remonte la piste, interroge, découvre quel poison a été utilisé. Mais pourquoi ? Il lui faut ruser, entourer ses recherches de formules suaves et indirectes. On est en Chine, pas en Europe vulgaire. Tout dans le détail avant que le sabre du bourreau ne châtie le coupable.

Un petit bonheur, bien écrit, aux dialogues intelligents que Vervisch enlumine. On avait beaucoup aimé Soleil du soir. Un juge qui se fait aider par son épouse première, brouille les cartes, comprend mais manipule. Il est reposant le juge Ti, déterminé mais serein. Ce qui n’empêche en rien la violence de suspects de s’exercer au cours de l’enquête qui dépassera le simple cadre de la bourgade. Un déterminé Ti, ironique, à l’humour acide bien que toujours un sourire mystérieux aux lèvres.

Une enquête du juge Ti, Tome 1, L’énigme du dragon d’or, Éditions Robinson, 11,95 €

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