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Columbusstrasse, chronique d’une Allemagne ordinaire

Un pavé de Tobi Dahmen qui vaut le détour car une première sauf erreur en BD. Columbusstrasse raconte la vie d’une famille allemande, la sienne, de 1933 arrivée au pouvoir d’Hitler à la capitulation de mai 1945. Autant dire que ces 500 pages sont un récit très pointilleux basés sur souvenirs, lettres, documents divers sur une période qui restera à jamais parmi les plus douloureuses de l’Histoire du monde et de l’Allemagne en particulier. Gentils, méchants, embrigadés, volontaires, de force, c’est ce qui fait tout l’intérêt humain de cette chronique au quotidien ordinaire et pourtant hors normes. Alors Allemagne nazie ou Allemagne tout court ?

Columbusstrasse à Düsseldorf, ville natale du père de Tobi. Karl a plusieurs enfants, Peter, Eberhard, une fille, va à son club. Le parti nazi commence à mettre en pratique ses idées. 1935, il se promène avec ses amis, parle des nazis qui sont peut-être une chance après le diktat de Versailles et la crise économique. Karl est avocat (docteur en Allemagne n’est pas que pour les médecins), catholique et est parti de rien. Les Juifs sont déjà renvoyés des fonctions publiques. Karl défend trop ceux qui s’opposent au régime. Tribunal sous croix gammée et en 1936 Heinz Funcke directeur dans une usine écrit à sa femme. Ils ont eu un enfant. 1937, Elisabeth épouse de Karl va avec lui à Wesel voir son frère médecin. Elle aimerait quitter Düsseldorf où Karl parle trop en public. Il reçoit une lettre de la Gestapo.

Montée en puissance, insigne du parti à la boutonnière, les années passent, les enfants grandissent, Hitler prend le commandement de l’armée, les enfants sont sensibles au nazisme. On est témoin d’une vie finalement banale, de gens normaux qui vont voir autour d’eux leur monde basculer, y adhérer ou pas mais qui n’auront pas le choix quand la guerre sera là. Il y a aussi la peur des Juifs qui veulent pour certains quitter le pays, leurs magasins pillés. Où est vraiment la conscience du pire ? Tardive et des Allemands qui y croient, s’engagent. Il faut prendre le temps de lire ces pages, comprendre pourquoi et comment. Le quotidien en ville ou sur le front, les exécutions assumées entre autres. Le dessin de Dahmen est parfait, précis pour le sujet. On pense à Nicholas Juncker avec Seules à Berlin. Un bouquin évènement constat, sans jugement.

Columbusstrasse, Robinson, 29,99 €

 

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