Il y a des livres qui marquent une vie. A titre personnel La Vie devant soi parue en 1975 en fait partie. Ce sera le Goncourt pour Emile Ajar, Romain Gary, substitution d’auteur volontaire, assumée qui a bien montré une fois de plus que les grands spécialistes de la littérature étaient des prétentieux ignares, que seule l’oeuvre devait avoir la priorité. La Vie devant soi est un chef d’oeuvre auquel la sortie chez Futuropolis du texte illustré par les très beaux, émouvants dessins de Manuelle Fior (Hypericon) lui apporte non pas une nouvelle vie mais l’occasion de se glisser dans des mains qui ne le connaissait pas, séduites à coup sûr.
Un petit garçon arabe Momo, Madame Rosa vieille dame juive qui a été déportée et est revenue, Beleville à Paris, Emile Ajar a tracé le portrait de personnages atypiques dans une France du début des années 70. L’amour de Momo pour la seule mère qui lui reste. A la vie à la mort dans un quartier haut en couleur mais où le racisme pourtant existe. Momo, Rosa un duo qui accroche le coeur. L’histoire de La Vie devant soi est déjà un roman. On se souvient des émissions de Pivot, le Goncourt, Ajar qui apparait, et puis à la mort de Romain Gary qui se suicide en 1980 il avoue que Ajar c’est lui en fait. Gary a aimé sa mère avec passion. A y être il faut lire La Promesse de l’aube illustrée par Sfar de Gary. Ou évidemment Les Racines du ciel, Chien blanc. Un talent rare Gary qui s’engagera comme pilote pendant la guerre chez les Français Libres de Gaulle qui le fera Compagnon de la Libération. Il sera diplomate entre autres.
Un mini-complot à la fois machiavélique et littéraire, Ajar est le neveu de Gary et cela pour trois romans. Simone Signoret sera Madame Rosa, inégalable dans le film. Les dessins de Manuele Fior sont tous dans le ton, rues, décors, personnages. Madame Rosa est telle qu’on peut se l’imaginer dans le roman. L’association de Romain Gary et de Fior est une merveille du genre.
La Vie devant soi, 232 pages, Futuropolis, 30 €
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