Ce qui est rassurant avec la BD malgré la surproduction, voire la fréquente médiocrités des parutions, c’est qu’il y a des titres qui étonnent favorablement, étonne et apprenne. La Promesse du souffle en fait partie. Anne Idoux au scénario et Carine Borgi au dessin ont travaillé sous le mode de la fiction un fait historique incontournable, l’invention, la fabrication de l’alphabet coréen au XVe siècle, le hanguel.

1442 royaume de Joseon l’actuelle Corée. Seol est une esclave qui n’arrive pas à articuler tous les sons. Un chamane tente de la guérir, en vain. La jeune Dal-Rae est sa maîtresse, jeune paysanne que son père veut marier à une brute. Dans l’ombre un jeune homme la regarde. Le chef du village est furieux qu’elle ait donné un sac de riz au chamane pour rien. Pour la punir il l’obligera à aller dans la montagne tous les jours ravitailler un érudit fils de ministre. Son père la punit aussi et l’oblige à épouser Don-Bong, homme brutal. Dal-Rae se recueillie sur la tombe de sa mère et avec son doigt trace de curieux caractères qui forment des lettres en chinois. Mais sans le savoir. Chez l’érudit elle lit un livre et se présente à lui. C’est l’homme qui l’a vu chez le chamane. Dal-Rae lui fait une démonstration de calligraphie en chinois, elle a appris ces signes dans un livre trouvé au bord de la route mais ne sait pas lire. Elle a mémorise les caractères et veut qu’il lui apprenne à lire.

Dès le départ on se doute bien qu’alphabet coréen ou pas, ils formeront un beau couple le fils du ministre et Dal-Rae. Belle histoire avec la volonté d’aider la petite esclave, le roi de Corée qui veut son alphabet, le fils du ministre espion royal qui veut que les paysans puissent lire le livre sur l’agronomie pour lutter contre la sécheresse, tout concorde à faire de cet album un très bon moment intelligent et divertissant à la fois. Avec la preuve qu’un alphabet peut jouer sur l’indépendance d’un peuple. Le dessin est clair, bien encré avec des fortes ambiance sans surcharges de textes inutiles. Une découverte en tout point car en prime bien et simplement rédigé.
La Promesse du souffle, 136 pages, Rue de Sèvres, 20 €

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