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Jeune et fauchée, Florence n’est pas pauvre

Les débuts avec Florence Dupré La Tour remontent déjà à quelques années, à Cruelle exactement dans lequel déjà elle racontait avec talent une vie pour le moins compliquée, des parents bornés, une mère qui voit la Vierge et un père aux abonnés absents, sans le moindre sentiment apparent ou pas. Elle était donc cruelle, une façon comme une autre de se venger qu’on ne l’aime pas. Dans Jeune et fauchée elle en remet un sacrée couche et on est pris aux tripes. Florence c’est presque Jésus au Golgotha ce qui aurait plu à sa mère. Enfance en environnement aisé plus, beaux quartiers lyonnais, propriété enchantée mais sans un rond pour elle, pour se faire un petit plaisir dans une famille qui brasse les jolis billets. En fait tous des coincés un brin taré, on le dit, qu’elle n’arrive même pas à haïr. Une biographie tourmentée, émouvante, jusqu’à l’âge adulte, la maternité où on aurait pu croire que tout allait s’arranger. Pas vraiment car le chemin de Croix n’est pas fini.

Pauvre jamais, Florence qui n’a jamais eu froid, ni faim enfant. Les Dupré La Tour sont pour elle de la Haute bien loin du bon peuple miséreux. Papa PDG, maman (sale tête) au foyer qui pond en rond, presque le bonheur au moins financièrement. Sauf qu’à 17 ans elle commence à se poser des questions d’argent. Pas d’argent de poche, pas de sorties et rébellion obligée. Elles mendient presque les jumelles Dupré. Et font les poches des invités dans les rallyes pour enfance aisée. Baby-sitting mais c’est pas gagné et quand on est noble on a des idées très arrêtées sur son futur. Elle découvre Picsou et son intérêt pour l’argent ne la quitte pas. On mange peu chez les Dupré La Tour, il faut voler dans le garde-manger. Des parents pingres, on passe aux plaisirs illicites et coûteux, drogue, clopes, alcool. On souffre en silence et on flirte avec le déni, un père occupé aux blagues vaseuses, indifférent. Premiers émois compliqués, stop, vacances comme on peut. Et le crack, papa au chômage, la débrouille. Florence fait un complexe, elle n’est rien, ses parents sont tout. Elle veut dessiner et ce sera son deuxième chemin de Croix. Prêt étudiant et dérapages incontrôlés.

On la plaint vraiment et on a une envie terrible de distribuer des baffes en priorité à sa mère catho bloquée. L’argent dans sa vie privée, professionnelle, amoureuse va évidemment à jouer malgré elle un rôle pervers. Indépendance difficile, voulue, on se bat à deux avec la jumelle. On fait des enfants un peu par hasard et bingo, pas un rond mais jamais pauvre chez les Dupré La Tour. Le récit est une sorte d’expiation douloureuse mais nécessaire jusqu’au moment où reconnue comme autrice elle va pouvoir en gagner de l’argent, ne plus être pauvre mais ses parents, eux, ne changeront pas. Une thérapie cet album dont a apprécié la sincérité, la force, le dessin, la volonté de ne pas céder, fière et droite. Les parents à la poubelle. Touchant.

Jeune et fauchée, 212 pages, Dargaud, 24,50 €

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