El Comandante Yankee, Castro, Guevara et tous les autres

Il est l’un des personnages du XXe siècle. Fidel Castro a pris Cuba à une marionnette des États-Unis, Batista, et aux patrons de la maffia qui avaient fait de l’île une succursale de Vegas ou autre Atlantic City. La révolution cubaine n’a pas été une partie de plaisir en particulier pour ses acteurs. Lutte de pouvoir, d’idéologie, Gani Jakupi la dissèque dans El Comandante Yankee. Par le menu et en détails, avec comme fil rouge ce William Alexandre Morgan, ancien militaire US, un brin mythomane et second couteau de la CIA qui va s’engager aux côtés des rebelles. La légende dont celle du beau Che, Argentin et surtout manipulateur sans états d’âme, violent, est revue et corrigée par Jakupi. Des noms se dévoilent comme Menoyo, chef du Seconde Frente, ou Chomon, et bien sûr celui du Comandante Morgan, qui va jouer, à ses risques et périls mais honnêtement, sur plusieurs tableaux, au moins en apparence. Mais le maître du jeu restera Castro.

El Comandante YankeeIl débarque en 1957 à Cuba et se met au service de la rébellion cubaine, rencontre le très jeune Menoyo et ses hommes qui résistent dans la jungle. Pas enthousiastes les Cubains pour prendre avec eux un Yankee, Morgan, qui a cependant semble-t-il, des qualités de soldat entraîné. Les débuts sont difficiles. La guérilla n’est pas unifiée mais c’est Castro avec le M-26 qui est la référence en particulier pour les USA qui ne savent pas sur quel pied danser. Il y a aussi le groupe de Chomon qui livre des armes à Menoyo. Les actions armées commencent. Martin fait ses preuves. Avec Castro il y a un Argentin qui deviendra une icône, Che Guevara. Morgan tombe amoureux d’une résistante, Gloria. Ils se marient. 1958, le Che commence à vouloir imposer sa ligne face à Carreras, autre chef, dont il veut haranguer les troupes. Tension parmi les différentes factions. Et la Parti Communiste est de la partie alors que Castro est un nationaliste. Batista s’accroche mais il va être lâché par les USA. Reste à mettre en place un gouvernement mais quel sera le rôle de Castro et des autres groupes. Les négociations en coulisses sont délicates. Janvier 1959, La Havane tombe.

El Comandante Yankee

C’est une vraie somme cet album. Il fait 224 pages, se termine par un dossier illustré par les fiches des principaux acteurs de la révolution cubaine commentées, inconnus pour la plupart du grand public. On sent le puissant travail d’enquête de Jakupi et son dessin apporte son poids au discours. Comme dans toute révolution il y aura règlements de comptes et exécutions. Guevara en sera le grand maître. Mais Castro saura aussi s’en débarrasser. Il y aussi la contre-révolution et la peau de Castro au bout de contrats. Il faut avouer qu’il s’en sortira bien, malgré tout, pendant son très long règne.

El Comandante Yankee

Avec Cuba castriste, qui basculera vers l’URSS très vite, on frôlera le guerre mondiale en 1962 avec la crise des missile où Kennedy tapera du poing sur la table face à Khrouchtchev, alors qu’un an avant il avait cautionnée une tentative de reprise de l’île par des anti-castristes. C’était l’affaire de la Baie des cochons. Comme tout grand évènement historique, le Castrisme a eu ses faits et méfaits, ses héros purs et durs, ses escrocs, ses salauds. Castro a décimé ses opposants ou ceux qui pouvaient lui faire de l’ombre. Pour en arriver aujourd’hui, après sa mort, à une situation économique lamentable, destination touristique, et dans la lorgnette des USA qui y feraient bien un retour non désintéressé. Quant à William Alexandre Morgan, son sort montrera que Fidel Castro avait fort peu de scrupules et de reconnaissance, nouveau roi et patron d’un Cuba sous sa dictature totale.

El Comandante Yankee, Aire Libre Dupuis, 32 €

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