Interview : Rosanas avec WW2.2 chez Dargaud a mis dans la cible

Ramon Rosanas habite près de Barcelone. Il signe avec le tome 4 de WW2.2 son premier album en France sur un scénario de Erik Hanna. WW2 est une uchronie sur la seconde guerre mondiale. Hitler a été assassiné. Himmler est au pouvoir et les Allemands sont alliés aux Russes contre l’Angleterre et la France.

Ramon Rosanas
Ramon Rosanas, un dessin remarqué pour WW2.2

Vaste programme dont David Chauvel a eu l’idée pour Dargaud. Rosanas a redonné vie dans cet album à un authentique héros soviétique, le tireur d’élite Vassili Zaïtsev qui s’est illustré à Stalingrad. A voir, le film de Jean-Jacques Annaud qui raconte l’histoire de Zaïtsev joué par Jude Law.

Rencontre avec Ramon Rosanas au salon du Livre, un auteur d’une rare gentillesse et d’un grand talent, au trait soigné et riche qui devrait se faire une belle place dans la BD réaliste.

Comment on en arrive, Ramon, à faire un premier album en français ?

En commençant à travailler pour la presse espagnole, quotidienne pour des journaux comme El Pais ou La Vanguardia, pour des hebdomadaires avec des dessins d’actualité, d’humour. La Vanguardia a un supplément le dimanche. J’ai aussi fait de la publicité, des illustrations pour la presse enfantine.

Ce qui n’a pas grand chose à voir avec l’histoire d’un tireur d’élite qui abat des officiers anglais.

Oui mais j’ai fait du comics américain pendant plusieurs années chez Marvel, Spiderman. Cela aide quand je me suis lancé dans WW2.2. D’accord, j’ai eu le scénario en espagnol car mon français est moyen (note : petit sourire d’excuse mais Rosanas lit bien la langue de Molière). Dargaud m’a contacté il y a deux ans et c’est avec eux que j’ai donc fait mon premier album. Un beau projet qui m’a demandé beaucoup de documentation. J’ai même pris des photos de figurines de soldats allemands très réalistes qui étaient vendues au salon de Barcelone.

WW2.2
Chasse à l’homme sans pitié pour tuer le tireur d’élite

WW2.2 est une uchronie, l’Histoire revisitée. Difficile de se plonger dans un sujet pareil ?

Oui et non. J’ai revu pas mal de films comme Croix de Fer avec James Coburn, la Bataille d’Angleterre. Je ne voulais pas faire d’erreurs au moins sur le fond car seuls les faits historiques changent. Pas les décors ou les uniformes. Sur internet j’ai même retrouvé le numéro de la plaque d’un véhicule d’un officier allemand. Et je l’ai mise dans le dessin. On a bien préparé le travail avec Chauvel et Ragon, directeur de collection chez Dargaud. Ensuite il fallait que mon dessin colle avec l’ambiance, le ton.

Justement, Ramon, si je vous dis que votre dessin a un soupçon de Giardino en lui ? En particulier vos dessins de femmes.

On me l’a dit et c’est pas mal, non ? Vous me parlez de femmes mais c’est effectivement le personnage de Natalia qui seconde Zaïtsev avec lequel j’ai eu le plus de mal. Je n’étais jamais content. J’ai beaucoup moins de difficulté avec un personnage comme l’officier américain qui traque le tireur, ou même avec Zaïtsev. J’ai deux modèles parmi les grands dessinateurs français, Uderzo et Boucq. Alors… Le marché français tient plus compte des ses lecteurs. Aux USA on doit aller plus vite mais il y a de très grands artistes américains que j’aime beaucoup.

Ramon Rosanas
Rosanas en dédicace

Vous avez déjà eu des retours de lecteurs ?

Je suis totalement angoissé par leurs réactions. On va voir (note : pas trop d’inquiétudes, Ramon. Cela devrait fonctionner). Mon dessin est lent pour les Américains et rapide pour les Français. Pour l’adaptation d’Iron Man 2 en comics j’ai fait 20 pages en 22 jours. Pour WW2 la moyenne c’est une planche en trois jours, un jour pour la couleur.

Et maintenant, Ramon, votre programme ?

Aller dédicacer, rencontrer mes lecteurs puis retourner dans mon village près de Barcelone. Je ne voulais pas que mes enfants vivent dans une trop grande ville comme Barcelone que j’aime beaucoup bien sûr mais je souhaitais pour eux plus d’espace, de verdure, de détente. Un projet aussi avec un autre éditeur sur la Révolution Française. Et puis pourquoi pas un petit tour en Montpellier en juin ? A voir.