Rencontre avec Søren Mosdal qui raconte la saga d’Erik Le Rouge

Søren Mosdal est Danois. En racontant la saga d’Erik Le Rouge (Casterman), c’est l’extraordinaire histoire du peuplement du Groenland qu’il met en scène. Une histoire de fureur, de combats aux confins de l’Europe du Nord. Son dessin est enlevé, puissant très évocateur et s’adapte parfaitement au ton de l’œuvre. Søren Mosdal était à Paris où il a habité plus jeune, pour la sortie de son album. Ligne Claire l’a rencontré.

Søren Mosdal Pourquoi avoir choisi Erik le Rouge ?

Au départ je voulais faire une BD historique. Il me fallait un nom connu en particulier dans mon pays. Erik le Rouge s’est imposé. Je croyais que ce serait plus facile, que je connaissais bien ce personnage qui fait partie de notre Histoire. En réalité je ne savais rien sur lui.

Comment avez-vous reconstitué sa vie ?

Nous avons des sagas, des récits si vous préférez, qui ont été écrits au fil des siècles. Deux sagas parlaient d’Erik Le Rouge. Elles sont très courtes mais elles ont servi aux bases de l’histoire. Tout ce que je montre est vrai. Même si on pense que ces sagas sont un mélange de légende et de romanesque.

Erik Le Rouge Erik Le Rouge est accusé de meurtre en Norvège et c’est pour cette raison que vers 950 après J.C. il part et découvre le Groenland. Il est confronté à l’expansion du christianisme qui s’implante face aux anciens dieux.

Oui, dans mon album on voit un prêtre qui accompagne le fils d’Erik, Leif, et cela met en fureur Erik. Erik est hostile. Il reste fidèle aux dieux, à Thor. Le prêtre est très agressif. On trouve dans un musée à Copenhague une hache en forme de croix. Ce prêtre en réalité apparaît dans une autre saga. C’était impossible à inventer.

On a en France une idée assez simpliste des Vikings, casque à cornes, drakkars. Quelle est la vérité ?

Les Vikings étaient des gens pragmatiques, des marchands. Si le Christianisme pouvait les aider ils se convertissaient et continuaient chez eux à adorer leurs dieux. Ils étaient des conquérants opportunistes. Erik était un criminel et un aventurier explorateur, un pur et dur. Leif, son fils, découvre Terre Neuve et le haut du continent américain. Sa fille est aussi arrivée en Amérique et a voulu établir une colonie sans succès.

Erik est un homme du Nord classique, qui a du mal à montrer ses émotions. Il est assez drôle, il a de l’humour en fait. Ce n’est pas un héros sans faille.

Erik Le RougeCombien de temps avez vous mis pour les recherches nécessaires à bâtir votre scénario ? Et comment avez-vous travaillé ?

Un an . La maison d’Erik existe toujours en Islande. Enfin disons qu’elle a été reconstituée sur des traces de mur qui restaient. Il faut ajouter une fois que le scénario était écrit deux ans de dessin. Au total disons que cet album m’a pris quatre ans. C’est la première fois que je fais des grands dessins dans un album, des dessins d’une planche. Je voulais avoir une dimension épique à cette aventure. Je n’avais pas un nombre de pages imposé par mon éditeur Benoît Mouchart. Les couleurs ont été faites sur ordinateur.

Après cette aventure historique qui finit mal car le Groenland perdra sa population plus tard, quelles sont vos envies ?

J’ai envie de me lancer dans la science-fiction, scénario et dessin. Il y aura un lien avec Erik Le Rouge. On sera dans le futur. J’ai déjà des idées. J’ai aussi un projet qui se passe entre 1920 et 1970 dont une partie a lieu en Bretagne occupée, une romance de guerre avec au scénario Pierre Colin et Rudy Ortiz. Pourquoi pas également une autre BD avec des Vikings, mais quelque chose de différent, une coproduction Casterman et un éditeur danois.

Quelles ont été vos influences en BD ?

Avant tout la BD française, franco-belge, les classiques comme Franquin, Moebius. Ou un dessin animé japonais comme Goldorak. Je relis Bilal, Druillet, Métal Hurlant mais celui qui m’a vraiment marqué et inspiré en particulier pour Erik Le Rouge, c’est Christophe Blain avec Isaac le Pirate. C’était la première fois que l’on traitait un sujet de cette façon.

Erik le Rouge, Roi de l’hiver, Casterman, 22 €

Søren Mosdal
Søren Mosdal. Photo JLT ®