Bug tome 3, les visions lucides de Bilal

On va dire encore que le hasard des programmations, dans ce cas incontournable, fait parfois froid dans le dos. Le tome 3 de Bug d’Enki Bilal sort au moment même où la guerre en Ukraine envahie par les Russes offre tous les possibles au pire. Dont des attaques de hackers, des câbles optiques internet coupés, des mémoires informatiques effacées, la création inavouée d’une empire de l’Est. Car Bug, c’est dès 2017 où sort le premier livre, l’histoire d’un big-bang informatique venu de l’espace, plus de réseau, ni de mémoire vive, l’homme en est réduit à se souvenir et à faire jouer ses neurones. Hormis un seul qui va devenir la mémoire de l’humanité. Bilal a toujours été un visionnaire. Cette fois il replace l’homme à sa place, celle d’un acteur, créateur, dépositaire mais aussi indépendant à condition qu’il le veuille vraiment, se batte. Obb, chevalier solitaire, est celui par lequel Enki Bilal fait passer l’espoir dans un univers politique sur lequel Bilal tire à boulets rouges. Un des plus forts albums de Bilal dont le dessin a pris encore plus de force tout en conservant sa poésie réaliste.

2042 le Bug numérique continue ses ravages, explosions nucléaires incontrôlées, sous-marins, centrales. Que doit faire Kameron Obb ? Réapparaitre car son savoir numérique unique est vital pour la planète. Et qu’il ne tombe pas aux mains de groupuscules aux idéologies perturbées. Obb a pris contact avec Gemma, sa fille désormais elle aussi porteuse de la tâche bleue. Obb est prisonnier mais un commando surgit avec Irina. A Marseille Gemma essaye de trouver où est son père. Awden Marxoe a disparu. Il avait conçu la mission d’Obb sur Mars. Les dirigeants ont des problèmes d’implant. Au-dessus de la Sibérie dans un vieil hélico sans informatique, Obb est avec Irina. Obb sait que quand il faut tout réinventer il faut oser revenir sur les erreurs historiques majeures. Egéo accompagne Gemma.

Bug
Une scène qui en rappelle une autre récente

Le pire de l’ancien revient au galop. Rien à ajouter. Bilal remet en selle marxisme, léninisme, 1917, et une Novo Tsarine de Russie qui a capturé Obb. On se sent dérouté par ce qui se joue sous nos yeux. Bilal a créé le Bug qui lui même choisit de protéger Obb tant qu’il lui sert dans un monde dévasté où il va quand même retrouver des repères. Éviter de se coucher avec facilité devant une crise. Il y a beaucoup dans Bug, à ressentir, éprouver, comprendre. Mais ce n’est pas terminé car tout peut basculer. A suivre.

Bug, Tome 3, Casterman, 18 €, Version luxe, 35 €

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