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Les Vieux Fourneaux, le road-movie jubilatoire de trois papis de choc

Un feu d’artifice, une réjouissante galéjade, Pagnol a rencontré Audiard et Benacquista, Les Vieux Fourneaux tome 1 sont un cadeau printanier, un bouquet de roses éclatantes au charme imparable et rare, celui des mots, des phrases ciselées, drôles ou émouvantes, au destin culte. Dessin et personnages surfent sur les syllabes, jonglent avec la ponctuation. Pour un peu, les pages s’animeraient, les cases exploseraient. Une triplette ces trois vieux comme celle de Belleville. En voiture, le camion du Théâtre du Loup en slip n’attend plus que vous.

Lucette est morte. Elle avait monté un petit théâtre ambulant, Le Loup en slip dans son camion rouge. Elle laisse son mari, Antoine, et ses deux copains, vieux anars sur le retour, délurés, Pierrot et Mimile tatoué comme un fidjien. Les trois nobles vieillards sont amis d’enfance, au passage syndicalistes viscéraux. Ils ont mené la vie dure à l’entreprise locale, les laboratoires Garan-Servier dont le patron, qui a pété un neurone est au vert dans sa propriété de Toscane. Et quand Antoine apprend que sa Lucette a fauté autrefois (mais pas longtemps) avec Garan-Servier, le suppôt du patronat, il prend un flingue et la route, dans le même ordre, direction la botte italienne. Pas d’autre solution pour Pierrot et Mimile que de lui coller aux fesses en embarquant dans le camion rouge la petite-fille de Lucette, enceinte jusqu’aux yeux et qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau.

Roule la galère, il va y avoir de l’action à revendre dans le road-movie des papis. Et du suspense pour la suite des aventures des trois ex-Peter Pan flanqués de leur Windy. Wilfrid Lupano (on ne va pas vous raconter sa vie) a un don et du talent, allez, du génie, celui de l’écriture. Il a touché à tous les genres en scénario mais cette fois il fait dans le sublime. Peut-être faut-il, et ce n’est pas réducteur, savoir apprécier les mots qui s’associent en douceur pour donner plaisir à l’esprit. Wilfrid Lupano l’a fait avec Les Vieux Fourneaux. Qui se souvient des Vieux de la vieille avec Fresnay, Gabin et Noël-Noël ? Dans le genre c’était déjà pas mal et au cinéma. Les Vieux Fourneaux ont aussi toute la force et le souffle du dessin évocateur de Paul Cauuet, un petit air de Disney version hard mâtinée d’Uderzo mais surtout tout à lui. Comédie sociale, brûlot vérité ? Non, une histoire d’aujourd’hui où tout se tient en fait, humour géant en prime.

Pour finir quelques phrases des dialogues, histoire de donner le ton : Je me retrouve à essayer d’empêcher mon papi de commettre un crime passionnel rétroactif à 77 ans Je vais accoucher dans une cafétéria d’autoroute, mon rêve. Votre génération est à l’origine de tous les fléaux du monde moderne. La mondialisation, l’ultralibéralisme, la pollution, la surexploitation, l’agriculture extensive, les paradis fiscaux, la communication, tout !… Et un malheur n’arrivant jamais seul, vous vivez hyper vieux ! T’as l’air d’un crabe qui a raté la marée.

Les Vieux Fourneaux, Tome 1, Ceux qui restent, Éditions Dargaud, 11,99 €

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