Jigounov a redonné un second souffle à Alpha au Lombard

Alpha, agent action de la CIA, a ouvert au Lombard le bal de la collection Troisième Vague. Le tome 12, Petit tour avec Malcom, vient de sortir. Iouri Jigounov ne signe plus que le scénario et fait le bilan. Rencontre avec ligneclaire. Cet article a aussi paru dans le mensuel ZOO, par Jean-Laurent TRUC.

Iouri Jigounov
Iouri Jigounov. Photo Thesupermat ©

On pensait tout savoir d’Alpha, agent très spécial, de son vrai nom Dwight Delano Tyler. Jigounov a redistribué les cartes, en finesse. Depuis 1996 Alpha enchaîne les missions les plus tordues. Son fond de commerce, le face à face USA et Russie qui n’a pas cessé avec la chute du mur de Berlin et les pays de l’Est qui partent en vrille. Au contraire.

Pascal Renard avait imaginé le personnage et écrit les deux premiers albums. Renard meurt à 35 ans et Mythic reprend la barre du scénario. Iouri Jigounov, au dessin depuis le début, donne tout son relief, sa force graphique, à Alpha puis à Sheena, celle qui va devenir son adjointe et plus si affinités.

Depuis le tome 11, Fucking Patriot, Jigounov est seul maître à bord. Il assure d’abord dessin et scénario, puis passe le crayon à Lamquet très efficace pour le tome 12. « J’avais arrêté le dessin avant qu’on ne me propose de reprendre XIII. Il fallait du sang neuf pour Alpha ». Iouri Jigounov ne pratique pas la langue de bois. « Au tome 10 j’ai dit à l’éditeur qu’il fallait pousser la série. On n’avait rien fait depuis le tome 5. Le Lombard a dit OK. On a commencé par le scénario. J’ai proposé de nouvelles pistes, écrit un synopsis. Comme on n’avait pas vraiment de nouvelles de Mythic pour la suite j’ai pris la main ».

Un héros presque parfait

Alpha Le but de l’opération est clair. Alpha ronronne. Jigounov trouve que la série tourne en rond. Il reconnaît qu’écrire un scénario « n’est pas évident au début. Le premier, Fucking Patriot, a été un peu du bricolage. Pour le deuxième, Petit tour avec Malcolm, j’avais des pistes bien claires dans ma tête ». Il fallait un coup de fouet salutaire à Alpha, à ce héros « presque parfait » comme le qualifie Jigounov. Une solution existait. Jigounov la développe. Alpha a-t-il une face cachée ? Désormais, employé au recrutement de la CIA Alpha se retrouve embarqué dans une manipulation, un complot pour le pouvoir au sein même de la CIA, et retrouve le terrain.

Qui est vraiment Alpha ? « Il n’est pas aussi lisse qu’on le pense » continue Jigounov. « Mais en trois albums cela va être difficile de tout dire. Donc je pense qu’on ira à quatre tomes pour cette aventure ». Bonne surprise car Jigounov a su relancer la série en surprenant ses lecteurs, les captiver. Pour la suite, Jigounov déteste la routine et ne sait pas ce que deviendra Alpha. Ni non plus ce qu’il adviendra de Sheena. « Le tome 12 a été vraiment plus facile à faire. Je l’ai souvent dit mais je ne peux pas travailler enfermé. Je vais au bistrot. En quinze jours j’ai écrit scénario et découpage », ajoute Jigounov avec une pointe de malice dans la voix. Russe d’origine Jigounov ne colle pas à l’actualité dans Alpha. « Tout va trop vite. Par contre la Russie, son évolution, le recul de la démocratie, son isolement politique c’est la réalité et un thème éternel . Comme le fait que les États-Unis ne peuvent plus dicter leurs lois pour le monde entier ». Et si Alpha allait se frotter aux pays émergents ? « Pourquoi pas, cela peut être une piste pour l’avenir ».

XIII et Alpha, deux défis à relever en même temps

XIII Iouri Jigounov a relevé un autre défi, reprendre le dessin de XIII. « Je n’aurai pas pu gérer XIII et Alpha, scénario et dessin en même temps. Je fais un XIII par an. Je ne dois pas décevoir les lecteurs après William Vance. Je travaille en parfaite collaboration avec Yves Sente pour XIII. Je lui fais remonter des remarques sur le scénario ».

Sur Petit Tour avec Malcolm, il faut rester discret. Jigounov a apporté son lot de surprises et de doutes pour ceux qui pensaient bien connaître Alpha. Du cousu main par Jigounov, lecteur fidèle d’Andréas et de Van Hamme en général plus de « quelques mangas que ramènent mes filles ». Quant au succès bien réel d’Alpha et de Troisième Vague « je suis mal placé pour en parler. C’est à l’éditeur de dire si le principe de la collection est bon. Le lecteur ne sait pas si une série qu’il aime et qu’il achète appartient à une collection ». Alpha, combatif, a repris son souffle. Jigounov lui a redonné du punch.

Alpha, Tome 12, Petit Tour avec Malcom, Le Lombard, 48 pages couleur, 12 €