Comme il le dit l’homme qui tire plus vite que son ombre, il a accompagné vers l’Ouest des actrices, des princes russes, un cirque, des scientifiques, alors une famille ça va être une partie de plaisir. Surtout par amitié pour un copain. Sauf que Lucky Luke n’a jamais encore eu à faire à des Juifs ashkénazes venus de l’Est de l’Europe. Ni à de la carpe farcie matin et soir. Ou à une mère juive. Avec La Terre promise, Jul est au scénario. Il met en scène avec beaucoup d’humour, de clins d’œil, de décontraction mais aussi mine de rien de sérieux à travers des détails au fil des cases qu’il faut savoir dénicher, une histoire un brin déjantée. Sur, comme toujours depuis Morris et Goscinny, des bases historiques authentiques. Le tout sonne comme une vraie comédie au fil des airs d’un Violon sur le toit.
Jack la Poisse, cow-boy marqué par le destin, s’appelle en réalité Jacob Stern. Obligé de convoyer un troupeau il ne peut pas rejoindre sa famille qui arrive d’Europe, ni l’accompagner pour s’installer à Chelm City dans le Montana (Au passage Chelm est le nom d’une ville de Pologne). Grand cœur Luke accepte de le remplacer et Jack lui confie qu’ils sont un peu bizarres et surtout Juifs ashkénazes. Luke se renseigne et découvre qu’ils sont censés ressembler à des Américains en plus pessimistes, des sortes de Français en quelque sorte. Mais aussi avec un look d’Amishs. Il va aller de découverte en surprise quand Yankel, Moïshé, Rachel et la belle Hanna Stern débarquent sur le quai de Saint-Louis. Dans la foule deux malfaisants espèrent pouvoir plumer pendant le voyage la famille Stern mais redoutent le colt de Lucky Luke. C’est parti pour la nouvelle terre promise avec Talmud et une Torah très ancienne. Luke va découvrir toutes les subtilités de la religion juive, ne pourra plus manger de lapin ni de grenouilles. Du cheval peut-être ce qui n’enchante pas Jolly Jumper. Il va faire shabbat et subir les assauts de Madame Stern, mère juive par excellence qui le nourrit presque de force sans oublier la douce Hanna qui lui fait les yeux doux. Il y aura enfin une rencontre imprévue mais historique avec les Indiens Blackfoot, les Pieds-Noirs, qui seraient plutôt côté séfarades. Pemmican boulettes ou merguez, complet poisson, les Pieds-Noirs ont un chant rituel bien connu, « Qu’elles sont jolies les squaws de mon pays » sur fond de youyous.
Jul a conçu cette version de Paint your Wagon hébraïque comme une succession de gags, de jeux de mots ou de connotations à déchiffrer sur la culture et l’histoire juive. En regardant bien, car il y a plusieurs niveaux de lecture dignes de Goscinny, on trouve des perles inspirées par Boris Vian, Eddy Mitchell, De Funès bien sûr avec Rabbi Jacob. Histoire aussi avec la Guerre des six coups ou l’étoile du shériff. Rien n’est vraiment gratuit dans cet exercice pas si simple dont Jul se tire avec beaucoup d’intelligence. C’est drôle, classique sur la forme mais beaucoup moins sur le fond. Le dessin d’Achdé fait corps depuis longtemps avec Lucky Luke et il poursuit sa longue route far away from home. Un album qui sûrement fera date. Sortie le 4 novembre.
Les Aventures de Lucky Luke d’après Morris, Tome 7, La Terre promise, Lucky Comics, 10,60 €
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