Il y a des héroïnes oubliées, des femmes souvent qui ne sont pas passées sous les flashes de l’actualité historique. Madeleine Pauliac, résistante, médecin, lieutenant du service de santé est l’un d’elles comme d’ailleurs aussi les infirmières de L’Escadron Bleu en 1945. Finir une guerre n’est jamais simple surtout mondiale quand il faut aller chercher, soigner, rapatrier des prisonniers français au bout du monde, dans une Allemagne vaincue, découpée et soumise à la vengeance soviétique intraitable ou en Pologne. Pour qui une femme en prime ne représente rien si ce n’est la soumission forcée. Yan Le Pon au dessin, Virginie Ollagnier au scénario ont fait plus que acte de mémoire tant le destin de cet Escadron Bleu, des femmes sans armes sont allées sur ordre de De Gaulle récupérer leurs compatriotes au péril de leur vie. C’est un hommage qui fait date, une fresque à la fois dantesque et sublime qui a eu la grandeur d’exister, d’être aussi racontée dans le livre de Philippe Maynial, tourné en documentaire.

Une bande de copines qui s’embrassent en 1946 en France, des filles de bleu vêtue uniforme de la Croix Rouge. Leur chef Madeleine Pauliac est morte dans des circonstances étranges. Accident ou meurtre ? Avril 1945 à Moscou le général Catroux gaulliste dès 1940 est ambassadeur de la France Libre. Il reçoit le lieutenant Pauliac. Situation tendue car les Russes veulent la peau du gouvernement polonais en exil pour le remplacer par des hommes à leur solde. Que la Pologne soit communiste. Pauliac va aller à Varsovie ouvrir un hôpital mais pour l’heure la France c’est Vichy. Les Russes ne sont pas contre mais rapatrier des Français depuis un territoire conquis par eux les agacent. La guerre n’est pas finie et les Russes sont les seuls maîtres sur le sol allemand. Pauliac part en train sous le drapeau de la Croix Rouge. Le 2 mai 1945 elle est à Varsovie rasée. Son hôpital est à côté de la nouvelle ambassade de France. Le Commandant Ducroquet la reçoit mais c’est de Paris que les ambulances offertes par les Anglais vont permettre au Groupe Mobile N°1 de se constituer. Un million d’hommes français à rapatrier la plupart capturés en 40. On forme les binômes. Un convoi de femmes qui rapidement va comprendre que rien ne sera simple face aux hommes de toutes les nationalités. Courage et solidarité seront leur seules armes.

On peut difficilement imaginer qu’en 1945 en Europe il y a 11 millions de « personnes déplacées » dont bien sûr les déportés. L’Escadron Bleu va voir le pire, le vivre à Dachau avec les troupes US. Des allers retours dans les pires conditions, la débrouille, éviter le viol, la politique, les relations internationales, le récit est celui de toutes ces femmes dont l’abnégation a été comme le disent les auteurs injustement effacé par l’Histoire des hommes. Des situations intolérables, des bonne soeurs violées qui deviennent mères, Pauliac avait un caractère à la hauteur de sa grandeur d’âme. Il y a aussi de l’amour, de la joie et beaucoup d’espoir. L’album est en tout point une référence, justesse du trait, des décors, des personnages. On embarque avec Madeleine et ses copines, on les suit, on a peur pour elles et on les admire. Il faut évidemment lire le dossier final parfaitement illustré et qui replace avec précision L’Escadron Bleu dan son contexte unique. Un détail pour les puristes, Madeleine porte sur son béret noir l’insigne des Commandos de France. Celui de son fiancé tué au combat ?
Escadron Bleu 1945, 152 pages, Dupuis, 25 €

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