
Ils sont à eux deux des héros à plus d’un titre. Hergé et Jacobs sont des monstres sacrés, encensés par un nombre incalculable d’ouvrages, d’articles. Ils sont aussi des novateurs, des génies créateurs, la ligne claire, Tintin, Blake et Mortimer. Enfin ils ont on le sait travaillés ensemble. Reste toutefois que c’est Hergé qui a été le leader du duo. Alors pourquoi ce nouveau bouquin, Hergé/Jacobs : du duo au duel, l’histoire d’une amitié créative ? On se souvient qu’Eric Verhoest a signé Franquin, chronologie d’une œuvre avec José-Louis Bocquet. Avec Hergé/Jacobs il passe à une recherche quasi sentimentale des liens entre les deux hommes, l’amitié, la rivalité. Verhoest affirme que leurs oeuvres en quelque sorte se sont nourries l’une de l’autre, se sont sublimées. Le travail de l’auteur a aussi parfois le ton d’une thèse universitaire et c’est une première que l’on mette face à face, que l’on dissèque, analyse en parallèle la vie de ces deux piliers du 9e art.


On part de 1941, année de leur rencontre et là aussi l’ouvrage donne le ton avec la richesse des illustrations proposées, des curiosités comme Tintin interprétée sur scène par une fille. Tintin a déjà si l’on peut dire de la bouteille et en 1942 prend des couleurs. Jacobs et Hergé ont sympathisé. Jacobs continue à penser qu’il est un chanteur lyrique mais finit par se rabattre sur l’illustration. Et Hergé lui propose de l’embaucher. Hergé est tenté par la création d’un studio, un atelier. Tintin et ses albums prennent leurs marques, on refond les albums. Le champignon de l’Etoile Mystérieuse explose la même année. Jacobs passe à l’acte, Gordon l’intrépide, le Rayon U s’allume. Les deus hommes se retrouvent, se traitent d’égal à égal. Tout va s’enchaîner assez vite, la nouvelle mouture du Sceptre d’Ottokar (mon album favori) dans lequel justement ils vont apparaitre en personnages de cour. Hergé le fluide, Jacobs l’homme de scène, comme le souligne Verhoest « s’ils ont collaboré, ils ne venaient pas du même monde. Jacobs était nourri de roman populaire et d’expressionnisme allemand. Hergé s’inspirait des films burlesques américains et de l’humour anglais. L’univers de Jacobs est dramatique, baigné de clair-obscur, celui d’Hergé mêle aventure et humour. »

On a donc ainsi un roman avec ses personnages, ses seconds rôles. On le lit comme tel , comme un feuilleton avec son suspense, ses rebondissements. Je t’aime moi non plus. Verhoest a pioché dans bon nombre d’ouvrages parus et élargit le champ des possibles, documente son propos. Il est Holmes sans Watson. Il enquête, apporte ses preuves, illustrations à dévorer. C’est donc l’histoire unique de deux artistes qui se sont enrichis tant de leurs différences que de leurs affinités qu’a signé Verhoest. Les amateurs inconditionnels ne seront pas déçus car il y a aussi une part affective entre en fait le trio que forme Verhoest avec ses héros. De l’émotion et un bouquin qui se lit peu à peu, comme une bonne série dont on découvre tous les épisodes inédits.
Hergé-Jacobs : du duo au duel, 192 pages, Moulinsart-Casterman, 29 €

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