Exposition Futuropolis au Festival d’Angoulême, une belle aventure

C’est l’exposition phare de ce Festival d’Angoulême 2019. Raconter l’histoire de Futuropolis est un retour aux sources sur l’un des plus brillants, atypiques, sympathiques et créatifs épisode de l’évolution du 9e Art au siècle dernier. Enfin pas si loin que ça quand même. Un trio novateur, Florence Cestac, Étienne Robial et Denis Ozanne, rachètent une librairie BD en 1972 à Paris. Elle devient rapidement un lieu culte avant que les trois amis ne créent leur maison d’édition Futuropolis. Et là on va faire la fête car, grâce à eux, on redécouvre par exemple Calvo ou Caniff avec la collection 30-40 et des petits nouveaux, Tardi, Baudouin, Willem, Bilal. Une aventure Futuropolis, toujours d’actualité avec un catalogue courageux et intelligent. L’exposition se tient du 23 janvier au 19 mai 2019 à la cité internationale de la bande dessinée de l‘image d’Angoulême.

FuturopolisAvec Futuropolis, la BD se démarque des gros paquebots de l’édition. Découvrir ou redécouvrir son histoire sera l’un des grands moments de 2019. Riche de plusieurs centaines de documents graphiques, l’exposition retrace l’histoire de la maison d’édition à travers de nombreux témoignages, objets (la fusée qui ornait la librairie du 15e à Paris, la table lumineuse qui constituait le coeur de la maison, les affiches) et bien sûr les planches originales, ouvrages, croquis et photos d’époque des auteurs édités : Florence Cestac, Étienne Robial, Loustal, Enki Bilal, Moebius, José Muñoz, Pascal Rabaté, Charlie Schlingo, Jacques Tardi, Willem et bien d’autres.

Futuropolis a publié près de 1000 livres, produit des catalogues, des affiches, des marque-pages. Une énorme masse de documents graphiques que l’exposition met en scène. Étienne Robial, connu pour avoir conçu l’habillage graphique de Canal+, ITV, M6, mais aussi de Métal Hurlant, (A SUIVRE) et de La Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, a posé son empreinte sur le look de l’exposition. Riche de plusieurs centaines de documents graphiques, l’exposition retrace l’histoire de la maison d’édition dans un ordre globalement chronologique. Elle donne la parole aux acteurs de cette aventure par le truchement de courts témoignages audiovisuels qui, disposés tout au long du parcours pourront également, pour certains d’entre eux, servir de teasers de l’exposition sur les réseaux sociaux. Des extraits de La Véritable histoire de Futuropolis, témoignage de première main de Florence Cestac paru chez Dargaud en 2007 seront présents dans l’exposition.

Une première partie évoque brièvement la période inaugurale de la librairie, dans une profusion orchestrée de livres et revues anciens. La bande dessinée de Pellos qui donne son nom à la librairie est allusivement évoquée par la présentation de numéros d’époque de la revue Junior où elle a paru. Rescapée de cette époque héroïque, la fusée qui ornait la devanture de l’échoppe, trône en bonne place. Des extraits de reportages télévisés de l’époque montrent quelques-uns des clients prestigieux (Eddy Mitchell, grand fan de comics américains, le jeune Jacques Tardi compulsant des albums belges d’avant- guerre). On trouve des exemplaires des premiers numéros de Comics 130, la revue de la librairie ainsi que des catalogues de vente par correspondance et aussi les dessins que, chaque jour Florence Cestac déposait sur l’éphéméride de la boutique. Le Mickson, sorte de Mickey franchouillard sans oreilles mais avec béret, va très vite devenir la mascotte de la maison, rejoint quelques années plus tard par Le Ratier, en réalité une chienne de race vaguement fox qui squattera dix ans durant le fauteuil de la salle d’attente.

Gir Deuxième étape du parcours, une salle de taille moyenne évoque le travail d’innovation éditoriale. Au centre une table lumineuse qui, à l’époque où l’informatique n’existait pas, constituait le cœur magnétique de la maison. Sur cette table sont disposés tout le matériel (crayons, papiers, dévidoirs à scotch, plumes à gratter, planches de Letraset des lettres transferts) et les montages en cours. Dans un coin de la pièce, deux meubles à plan dont quelques tiroirs entrouverts montrent d’autres montages. Sur les murs, on découvre les logos et maquettes de la quinzaine de collections que Futuropolis a créé en vingt-deux ans d’existence, des « chemins de fer », de planches originales encadrées, de croquis, de photos d’époque, agrandies ou non. Une place sera faite aux collections « hors BD » (G-String, Futuropolice, Script) et à la quarantaine d’ouvrages hors collection qui ont jalonné l’histoire de la maison.

De la fabrication à la distribution

FuturopolisUne fois les livres conçus et imprimés, il faut les vendre. C’est la tâche de la diffusion-distribution maison, qui est mise en scène au moyen d’une palette en bois sur laquelle reposent des cartons de livres estampillés « Futuropolis », quelques factures et bons de commande. Sur écran, les responsables de la vente et de la logistique évoquent les temps héroïques où Futuropolis a puissamment contribué à la constitution d’un réseau de libraires spécialisés en bande dessinée qui est aujourd’hui une des forces du marché français. On quitte cette zone industrieuse pour entrer dans un espace de lecture où la plus large sélection des livres labellisés Futuropolis pourront être confortablement lus ou feuilletés. Poursuivant la visite, on entre dans la section la plus importante de l’exposition, celle dédiée aux auteurs Futuro. De Baudoin à Tardi, de Swarte à Willem, de Cestac à Puchol, ce sont une vingtaine d’auteur.e.s (sur plus de 300 au catalogue) qui symbolisent la créativité de la maison. Qu’ils aient été des auteurs alors confirmés ou jeunes débutants, tous ont en commun le goût du noir et blanc, des paysages urbains, de l’expérimentation graphique et de la « belle ouvrage ». Pour chacun(e), on expose des planches originales, une sélection complète de tous les ouvrages qu’ils ont publiés chez Futuropolis, des croquis, des photos d’époque.

PopeyeAu sein de ce parcours d’exception, des espaces en forme de contrepoints thématiques ont été créés. Le premier est consacré au Mickson BD Football Club, émanation de la passion que beaucoup d’auteurs Futuropolis ont manifesté pour le ballon rond. L’équipe s’est d’abord mesurée à une équipe de journalistes, avant de connaître de flamboyants moments de gloire dans les plus grands stades de France et de Navarre. Écussons, maillots aux couleurs du club, sculpture grand format du talentueux Jean-Marie Pigeon, photos des vestiaires et des fans en délire, rien ne manque pour restituer l’ambiance d’une équipe qui rassembla bien au-delà de « l’écurie Futuro » puisqu’on compta dans ses rangs Frank Margerin, Philippe Vuillemin et même quelques comédiens célèbres. Le second évoquera l’exposition « Robialopolis », présentée à Angoulême en 1987. Enfin, on reviendra les multiples travaux de maquettes réalisées par Étienne Robial pour Métal Hurlant.

Une fin ouverte sur le futur

Voyage au bout de la nuitL’exposition se termine par la mise en scène du rapprochement des éditions Futuropolis avec le groupe Gallimard qui entame alors son implantation sur le marché de la bande dessinée. Ce rapprochement s’est fait par le truchement de la collection Futuropolis/Gallimard, dont tous les titres seront présentés avec, au premier chef Voyage au bout de la nuit signé Tardi-Céline en 1988. Enfin, au moyen de photos, d’affiches et des trophées conservés, on mettra en scène la moisson de prix que Futuropolis n’a cessé de remporter tout au long de son existence, de 1975 (à Angoulême) à 1992 (à Angoulême encore). Tandis que Futuropolis achève sa trajectoire d’éditeur indépendant, la longue genèse de la revue Labo, conçue en ses locaux en ces temps incertains et qui ne connaîtra qu’un seul numéro, annonce la révolution que la garde montante des jeunes auteurs de l’époque va mener dès le début de l’année 1990. En effet, quelques-uns des noms qui figurent sur la couverture de la revue se retrouveront en 1992 pour fonder L’Association, poursuivant sous d’autres formes et pendant près de deux décennies, le travail d’émancipation de la bande dessinée accompli par Futuropolis entre 1972 et 1994.

Vingt- cinq ans après la fin de cette aventure sans équivalent, l’exposition Futuropolis 1972-1994, aux avant-gardes de la bande dessinée prouve que « l’esprit Futuro » n’a rien perdu de sa force et de son actualité. L’exposition s’adresse à tous les publics, dont bien sûr les jeunes. Des dispositifs spécifiques (parcours-jeux, enquêtes ludiques, dispositifs interactifs), placés sous le patronage du Ratier évoqué plus haut sont disposés à leur intention tout au long de l’exposition.

Futuropolis, 1972-1994, un éditeur aux avant-gardes de la bande dessinée
du 23 janvier au 19 mai 2019
Musée de la BD, Angoulême

Un commentaire

  1. Épatant Jean Laurent comme d’habitude !!!! Bravo l’artiste !!!
    Et merci !!!!

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