URSS 89, la Russie bascule

Avec la Russie de Poutine reprise en mains de nos jours on a finalement oublié ce qu’a été l’URSS, puissance mondiale avec ses satellites, son explosion en vol entre Gorbatchev et Eltsine, le coup d’état avorté de 1991. Jeune Marocain qui va faire ses études en URSS Youssef Daoudi (Portraits) trace un état des lieux saisissant de l’époque. Un fou de cinéma qui va déchanter mais pourtant être le témoin d’un épisode sans précédent hormis 1917 de la grande histoire. Récit parfait et dessin lui-aussi à la hauteur du sujet qui mérite qu’on le redécouvre. Un reportage sur le vif.

35 ans après Youssef se souvient de ses 20 ans, en 1989 direction Moscou. A Rabat il étudiait la physique tout en étant fou de dessin. Il obtient une bourse de coopération pas convaincu pour Moscou. Où d’après son beau-frère qui y a fait médecine les études sont de qualité. Il va au Centre culturel soviétique et part avec armes et bagages pour une aventure où il a tout prévu. L’URSS c’est encore un pays où on fait la queue et où le marché noir permet de survendre un jean. Bel accueil à Moscou, démarches administratives et mutation à Minsk, pas vraiment un endroit de rêve. C’est le ministère qui assigne ville et Républiques soviétiques. Un copain lui remonte le moral et est sûr qu’ensuite il reviendra à l’école de cinéma de Moscou. Où on a le saucisson pour objectif malgré les rationnements. Un étudiant étranger a l’un dans l’autre un niveau de vie supérieur à celui d’un citoyen moyen. Contrôle au foyer et un Libanais druze comme copain de chambre et un Russe comme surveillant en douce. Il commence à prendre ses marques Youssef, retrouve des Marocains dont un qui lui aussi est venu pour le cinéma. Taux de change excellent si on a des dollars avec traffic à la clé. A Moscou il faut avoir d’abord le pognon qui donne le pouvoir et ensuite la femme. Il va se mettre au Russe pour pouvoir faire des études supérieures. Il tombe amoureux de la langue et au passage d’une jolie brune moscovite.

Gorbatchev qui va exploser en vol, le mur de Berlin en 89 qui s’écroule mais l’URSS n’intervient pas. Car tout cède, Pologne, Pays Baltes, Hongrie, Roumanie, l’URSS agonise et Boris Eltsine s’impose. On n’a pas oublié la Grande Guerre Patriotique de 41 à 45. Et tomber malade en URSS n’est pas une sinécure. Ni faire les courses. De l’humour, il valait mieux. Comment trouver un poulet ? Un défi presque impossible. Et la statue de Lenine trône encore. Tchernobyl a eu lieu en 1986. Un témoignage qui explique bien qu’en fait la Russie a toujours aimé avoir un tsar, un leader, que les maffias noyautent l’économie. La guerre en Afghanistan piège vietnamien pour l’URSS qui évacue en 89. Le tour d’horizon est saisissant et aide à bien comprendre ce qu’est devenue la Russie d’aujourd’hui.

URSS 89, 152 pages, Dargaud, 23€

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