Blake et Mortimer T24, Shakespeare ou Shake-Speares, telle est la question

Et si William Shakespeare avait écrit une pièce inédite, et si surtout l’auteur de Macbeth ou de Beaucoup de bruit pour rien n’avait en fait pas écrit ces chefs d’œuvre ? Tel est le postulat de départ du nouveau Blake et Mortimer dont Yves Sente signe le scénario pour le moins riche et complexe mais qui contient tous les ingrédients inhérents aux aventures des héros de Jacobs. André Juillard d’un crayon toujours aussi inspiré et fascinant suit donc la trace des deux compagnons d’aventure et d’une charmante jeune fille, Elizabeth, de Londres à Venise ou Stratford-upon-Avon pour une enquête finalement très littéraire sur le fond comme sur la forme. Olrik du fin fond de sa prison va troubler les cartes d’un jeu qui repose avant tout sur la déduction et l’anticipation des coups des autres joueurs, peu sur l’action.

Blake et MortimerA Londres des bandes de jeunes voyous, les Teddys, attaquent et dévalisent les passants huppés. Blake avec l’inspecteur Kendall est chargé de mettre un terme à leurs agissements. A la fin de la représentation du Marchand de Venise de Shakespeare, Blake et Mortimer retrouvent une vieille amie Sarah Summertown et sa fille Elizabeth. Sarah est la présidente de l’association qui défend Shakespeare comme seul et réel auteur de ses pièces. Face à elle le comte d’Oxford qui, lui avec sa loge, prétend le contraire. Un siècle plus tôt un richissime industriel a promis une fortune à la société qui prouvera l’une ou l’autre thèse. Il ne reste que quelques jours avant que ne finisse le délai imparti. A la clé près de dix millions de livres. Au même moment à Venise, chez le marquis Stefano Di Spiri, on fait une bien curieuse découverte. Un personnage enfermé dans une cage en verre depuis des siècles tiendrait dans ses mains sous forme d’un manuscrit une œuvre inédite de Shakespeare. Pour y accéder sans détruire l’objet, il a laissé des énigmes à résoudre. Blake et Mortimer mais aussi Olrik secrètement pressenti dans son cachot par le comte d’Oxford vont essayer de reconstruire le puzzle qui permettra d’accéder au manuscrit.

Le Testament de William S.
A. Juillard ©

Une enquête qui ne sera pas bien sûr un long fleuve tranquille et dans laquelle Yves Sente ne fait pas dans le raccourci. On parlait d’album littéraire pour le thème mais Sente a aussi fignolé le texte, la progression narrative qui parfois rappelle Agatha Christie, train de luxe compris. Il y ajoute des clins d’œil dans ses décors comme le Marquee qui deviendra le club le plus rock and pop de Londres, une robe signée Mondrian et bâtit une thèse amusante sur comment Shakespeare est devenu un maître en écriture. Sharkey réapparait et la jolie Elizabeth a une couleur de cheveux très proche de celle de Mortimer, ex-petit amie de jeunesse de sa maman Sarah Summertown. Shocking my dear. On se balade avec beaucoup de plaisir dans ce nouvel opus formellement british au suspense bien mis en scène malgré quelques petites longueurs. Il faut prendre son temps, découvrir les cases, admirer leur finesse de trait sur un découpage en strips qui fonctionne graphiquement et narrativement à merveille.

Les aventures de Blake et Mortimer, T24 Le Testament de William S., Dargaud, 24 €