Bonneville, des bolides de légende

Une légende le Bonneville Salt Flats, non loin du Grand Lac salé aux USA, un désert plat recouvert d’une croûte de sel sur lequel tous les fondus de vitesse tentent leur chance dans des bolides d’acier depuis le record en 1947 d’un Anglais, John Cobb, sur sa Railton Special. Marvano, dont on sait l’attachement à tout ce qui vole ou vrombit (Berlin, Grand Prix) et à l’Histoire (La Brigade juive), raconte dans Belleville cette chasse permanente sur le lac aux records les plus insensés dans des autos-fusées improbables. Le tout en pleine guerre froide au début des années soixante et sous le regard de celle qui va être le témoin narrateur de cette aventure hors normes, la jeune « crevette », Zeldine, petite fille douée en maths et folle elle-aussi de vitesse. Aux couleurs superbes, Bérengère Marquebreucq, injustement oubliée dans la première version de ce texte, ce qui est en fait trop souvent le cas pour les coloristes. Et donc à rectifier.

BonnevilleLe Bonneville Salt Flat, un phénomène géologique, un lac en croute de sel. Quand, avec sa famille la jeune Zeldine débarque à Wendover, elle ne sait pas encore qu’elle plonge dans un monde qui va décider de sa vie. En 1959, on en est à 553hm/h sur les Flats, loin des 630 de Cobb. Joe, l’oncle de Zeline lui présente le jeune Otto qui prépare son bolide. Joe va raconter à Zeldine l’histoire de la piste de Bonneville depuis les années trente. La Bluebird de Campbell, le Thunderbolt, la Railton Special de Cobb en 1947. Pour la Speed Week de 1960 « Crevette » rentre dans la danse. Otto était en panne avec sa Challenger. Mais les moteurs traditionnels vont être dépassés par les turbines à réaction. Kennedy a été élu et se profile la crise de Cuba où Castro et Guevara jouent les apprentis-sorciers en voulant installer missiles nucléaires soviétiques sur l’île pointés sur les USA. On est en 1962 et la troisième guerre mondiale pointe son nez. Le copain d’Otto se tue sur le lac. Gagarine s’élance dans l’espace. Zeldine assiste à l’arrivée des jets cars sur le lac. La Spirit tente sa chance. Infinity aussi, cigare pointu avec Glenn au volant. Il perd le contrôle et se tue.

Un dessin qui a le profil des bolides qu’il dessine, ligne claire, précise et épurée, bluffante. Capable aussi de donner un relief très humain à ses personnages, Marvano sait prendre position à tous les niveaux. On l’a vu des Sept nains à La Brigade juive ou à Grand Prix. Cette fois encore il se positionne quand il raconte le crise de Cuba, l’assassinat de Kennedy et réfute le tueur unique. Ce Bonneville qui comportera deux albums est mis en page comme une histoire illustrée puisque Marvano dit adapter le manuscrit de Zeldine, Salt of the Earth. Un travail remarquable de qualité, qui donne parfois l’impression de celui d’un photographe mélangé à celui d’un dessinateur BD. Un joli exercice de style parfaitement réussi avec une héroïne très attachante.

Bonneville, Tome 1, Quatre zéro sept ! Dargaud, 13,99 €

Quatre zéro sept !