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Pratt, Corto, des femmes aventureuses, des histoires de Pacifique

Deux beaux bouquins qui sortent en même temps sur Hugo Pratt, le premier avec des textes de Michel Pierre recense les Aventureuses, à savoir les héroïnes qui vont croiser le chemin de Corto. Le second est une réédition de J’avais un rendez-vous que Pratt a écrit, paru en 1995 année de sa disparition et qui ressort au Tripode. On sera certes touché, instruit, ému, charmé par les textes mais complètement ébahi, submergé par le talent de Pratt à travers, planches, dessins, croquis, aquarelles. Un conseil, ce sont deux titres à lire, dévorer des yeux, absolument car on en est encore plus conscient que Pratt était un grand maître non seulement de la BD, mais aussi du roman, de l’art en général, un talent unique et rare.

Aventureuses, elles le sont ces très charmantes, belles, dangereuses jeunes femmes, jeunes filles, qui vont tenter parfois de pousser Corto dans ses derniers retranchements. Un beau mec ce Corto, qui a du charme, un charisme de tous les diables. Mais dont Pratt n’a jamais rien vraiment livré de sa vie amoureuse comme le souligne dans sa préface Chantal Thomas. Et c’est tant mieux. Michel Pierre est un des grands spécialistes de Pratt, de l’univers de Corto. Avec les femmes de la vie de Corto il signe avec elles autant de portraits, de clins d’œil souriants. On en a un peu oublié certaines de ces femmes qui auraient pu être fatales. Pandora Groovesnore ouvre le bal à juste titre, jeune amoureuse des débuts. Moulan Sung enchaîne avec ensuite Madame Java, mais celle que l’on a tous en mémoire c’est Bouche Dorée, fréquemment rencontrée au détour d’un chemin mis en scène par Pratt. Les aquarelles sont des délices inégalés et l’impression de l’ouvrage leur rend un bel hommage. Comme la mise en page de ce bouquin où on redécouvre Tamara de Lempicka par Pratt, un bonheur. Sans oublier Morgane, Shangaï Lil et Marina Seminova pour laquelle on a toujours eu une certaine préférence. Du grand art, on l’a dit, à parcourir, à feuilleter, à lire, décrypter, garder jalousement pour naviguer avec Corto sur un océan de rêve et de sensualité.

Aventureuses, Casterman, 30 €

J’avais un rendez-vous, c’est presque un testament. Une note d’introduction à la réédition redistribue les cartes. Pratt se confie dans cet ouvrage largement illustré, revient sur son enfance et raconte son voyage dans le Pacifique en 1992.

L’océan est là, lui qui a si souvent bercé ou malmené les balades de Corto. On n’a pas ajouté grand chose à l’édition originale si ce n’est une nouvelle maquette et une courte biographie. Pratt parle de son Pacifique, de Venise, montre ses dessins des indigènes des Îles Salomon. Il a choisi les illustrations de ce rendez-vous qui sera l’ultime. Pratt est un pointilleux qui aurait pu être un ethnologue tant ses dessins sont d’une précision incontournable, justes. On ira sur l’Île de Pâques, des planches s’intercalent avec le récit. Corto parle aux statues qui se confient. Le Bounty se remet à naviguer. Raspoutine est avec Corto à Rarotonga. Pago Pago, Apia, Aggie Grey, Pratt se livre et se fait aussi historien. Stevenson est là, Pratt dessinera L’Île au trésor et David Balfour sera adapté de Kidnapped. On est avec J’avais un rendez-vous dans une biographie partielle de Pratt qui se fait aussi narrateur historien de ce Pacifique qui l’inspire. La postface inédite est de Patrizia Zanotti, des souvenirs, des anecdotes, des photos. Une oeuvre sereine, vraie et indispensable si on veut s’approcher de plus près de Pratt.

J’avais un rendez-vous, Le Tripode, 29 €

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