No Pasarán, un jeu qui est un piège

Trois copains sont à Londres avec leur collège. Un banal voyage scolaire qui va se transformer en une occasion en or, acheter des jeux vidéo d’exception dont un, inédit, qui va les plonger dans le monde sans pitié de L’Expérience Ultime. Une BD tout aussi exceptionnelle que le jeu qu’elle évoque.

No PasaránEric, Thierry et Andréas découvrent le jeu qu’ils ont ramené de Londres. Ce jeu de guerre est plus vrai que l’Histoire elle même qu’il met en scène. Andréas, aux tendances violentes et extrêmes avérées, se complait dans des situations où il semble faire partie en personne du jeu. Il se bat en pleine guerre du Vietnam sans états d’âme. Thierry, lui, est en 1916 pendant l’offensive de la Somme. Il est général sur le terrain. Son visage a vieilli et ses décisions vont peser sur la suite de la Grande Guerre. Quand la copine de son frère se sert du jeu, elle est plongée dans ses propres souvenirs de la guerre à Sarajevo. Eric veut tout arrêter à la demande de Thierry qui a compris le danger. Mais Andréas continue et devient un pilote de la Légion Kondor allemande qui bombarde les civils de Guernica. Ce sera ensuite la France Occupée et la Déportation. Les trois copains vont-ils pouvoir revenir en arrière ?

Hormis le vrai méchant en la personne assez caricaturale d’Andréas, petit facho sans cervelle, ce No Pasarán qui emprunte son titre à la phrase célèbre des Républicains espagnols en 1938 est sacrément bien ficelé. Christian Lehmann, médecin et scénariste, montre toutes les déviances possibles de l’extrême droite, du nazisme latent et la capacité qu’aurait un jeu à vivre sa propre vie, à engluer les joueurs dans sa toile. Antoine Carrion qui connaît bien l’univers du jeu vidéo a un dessin au trait clair avec influences manga évidentes. On y croit à cette Expérience Ultime qui ressemble beaucoup à ces jeux de guerre ultra-violents à cause desquels les joueurs ne font plus la différence entre virtuel et réalité. L’album reprend l’intégrale du premier tome de la trilogie No Pasarán de Christian Lehmann à L’École des Loisirs.

No Pasarán, L’intégrale, Le jeu, Rue de Sèvres, 16 €