Fleur de Nuit, tragédie annoncée

On n’a pas souvent d’album qui retrace les rapports pour le moins ambigus, sournois, violents, sanglants aussi, qu’ont eu Reich allemand et Italie fasciste. Ni non plus d’histoire aussi franche et émouvante que celle que raconte Fleur de Nuit de Giovanna Furio et Marco Nizzoli au dessin. Le cinéma italien a lui été plus direct et ouvert que la BD. Reste que le destin de ce trio d’amis est d’une rare vraisemblance et annonce dès le début que l’issue ne pourra être que tragique. Le trait de Nizzoli a toute la beauté, l’élégance et l’émotion réaliste de l’école de BD italienne.

Fleur de nuit

1943, une jeune femme à Auschwitz rentre dans la chambre à gaz. Une photo reste dans ses affaires. Trois jeunes gens y sourient. Dix ans plus tôt à Venise, ils posent pour la photo. Ester, Jacopo Maca son frère, et Hans Von Ströbitz sont de riches familles mais les deux premiers sont juifs. Hans est destiné par son père représentant nazi en Italie à une carrière au sein du parti d’Hitler. Mais le trio accumule les bêtises même si Ester s’est mise en tête d’écrire un texte dont ses deux amis sont les héros. Ils sont intégrés dans les jeunesses fascistes. Leurs parents montent des affaires pendant qu’Ester met en scène sa pièce et donne un rôle de femme à Hans. La mère d’Ester est soumise à un chantage par Von Ströbitz à qui elle plait. Alors qu’ils passent une soirée dans un club gay la milice fasciste fait une rafle. Ce qui provoque la colère de Von Ströbitz alors que Hans et Jacopo ont une liaison.

Fleur de nuit

Un amour impossible scandé par la Nuit des Longs Couteaux où Hitler élimine les chefs de la SA entre autre pour cause d’homosexualité et à laquelle Hans est obligé de participer. On évoquera aussi la Guerre d’Espagne où Allemands et Italiens épouseront la cause franquiste. Fleur de nuit montre l’antisémitisme qui submerge l’Europe alors qu’on est en 1936. Père nazi et fils homosexuel, amant d’un juif allemand, le triangle rose de la déportation n’est pas loin si ce n’est la mort annoncée et impunie. On sait d’avance que tout est joué ou presque, que des innocents seront les victimes de la haine, de la xénophobie. Jalousie et trahison, reniement, des pages noires et pourtant belles car témoignages sans concession de la folie humaine sans fin. Un dessin une fois encore de belle qualité.

Fleur de nuit, Tome 1, Les rêves brisés, Glénat, 14,50 €