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L’Ogre T1, quand un serial killer rencontre une sainte

La Guerre cent ans, Charles VII pas au mieux de sa forme, une certaine Jeanne qui commence une carrière contrariée et un type baraqué qui a un faible pour le coeur palpitant des petites filles, sans oublier Gilles de Ray mais lui c’est encore autre chose, Jean Dufaux a donné à son Ogre un terrain d’action qu’il va user sans retenu. Un ogre c’est méchant mais on ne sait jamais, les voies du seigneur sont impénétrables. Juan Luis Landa au dessin (déjà dans le ton avec Chroniques de Roncevaux) est un vrai bonheur par la qualité de son trait, son réalisme percutant, en un mot la beauté sauvage de son art qui est parfait pour la période évoquée. Un sens inné du détail, de la finesse, du travail et un Jean Dufaux qui balance entre l’horreur de cet ogre affamé de chair tendre et une Jeanne d’Arc qui elle est avide de spiritualité mais fine mouche quand même. Un duo des plus atypiques, la Belle et la bête en quelque sorte revue et corrigée sous le signe de la foi façon silence des agneaux.

On se trucide à volonté, Français qui prennent des raclées et Anglais victorieux. On cherche un monstre dans les ruines en 1427 sous les ordres de Guillaume de Blamont qui suit en même temps la bande d’écorcheurs de Colin Frappe-Misère avec lui Bernard de Gaulejac. L’ogre est une force de la nature, borgne, affamé et tuent dans les fermes, choisit ses jeunes proies. Tout aurait pu passer inaperçu en ces temps de massacres si la fille de Messire Landais n’avait pas été dévorée. 32 fillettes ont été retrouvées le corps ouvert. De Blamont est reçu par le sénéchal Pontmartin qui représente le roi. Charles VII n’a plus un sous dans les caisses, réfugié à Chinon et pourtant il va falloir en trouver de l’argent pour la chasse à l’ogre. Pas sa priorité car les Anglais visent Orléans mais Landais est son ami dont il faut venger sa fille. Il se souvient d’Azincourt terrible défaite française face aux arcs anglais. Henri V d’Angleterre est le maître du jeu. Guillaume repart avec son argent et laisse sa maîtresse Agnès de Tourville amie de Marie d’Anjou épouse de Charles VII. Flash back sur une fête tragique qui a mal tourné. L’ogre a faim dans la campagne et tombe sur ses anciens compagnons qui le fouette pour avoir déserté. De Gaulejac l’a pris en pitié et a des vues par contre sur des documents cachés dans un donjon qu’il va attaquer.

Jean Dufaux est un maître conteur et un fin psychologue connaisseur de l’âme humaine. Son ogre a une personnalité complexe et sa rencontre avec Jeanne est bien sûr la clé du récit. Hugo, Esmeralda, Quasimodo, un petit air de déjà vu sauf que le bossu de Notre-Dame ne se faisait pas des brochettes de coeur humain et que la belle gitane n’était pas un modèle de vertu. La reconstitution historique, les ambiances, les personnages, les dialogues font de cet Ogre un grand moment à la très forte puissance évocatrice. Une Jeanne qui se fait un copain amoureux, une future sainte qui a un ange protecteur qui va la suivre jusqu’au bout, on attend comme on dit la suite avec impatience dans ce thriller médiéval à entrées multiples.Un dossier présente les héros historiques en fin d’album.

L’Ogre Tome 1, Acte 1, 112 pages, Glénat, 29 €

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